CHAPITRE II
La France hérissée de forteresses. — Hommes de haut lieu. — Les nobles vont à la proie. — Origine du mot voleur. ^— Tyrannie effroyable des châtelains. — Le fléau des guerres privées. — Rois, seigneurs, évoques, bourgeois, tous se ruent sur le paysan. ^— Le droit (le régale.
« On eût dit que le brigandage, le rapt et le viol ctaienL devenus des droits du seigneiu*. » Sainte-Foix, II, 104.
L'objet le plus ordinaire de ces preux était de dépouiller et d'occire le précieux cultivateur. • "^ Perreciot, II, 130.
Notre terre de France offrait un singulier spectacle aux jours du moyen âge et sous la féodalité. Au fond des bois, sur le sommet des collines inaccessibles, ou défendu par une rivière ou un fleuve, se dressait le manoir seigneurial, asile et repaire à la fois, avec ses murailles épaisses et massives comme le rocher qui leur servait de base, avec ses tours élevées qui reposaient sur des cachots, sa porte inabordable, ses larges fossés, son pont-levis et ses mâchicoulis.
Trois parties distinctes le composaient, dont chacun pouvait soutenir un siège : la basse-cour, le château et 1 donjon. La première enceinte, ou basse-cour, était 1 refuge des sujets; c'était là qu'à l'approche de l'ennemi o les voyait accourir, chassant devant eux leur bétail, e ^ transportant ce qu'ils pouvaient sauver de leur chétif mobl — lier. La basse-cour prise, il y avait le château, séjour d»^ noble sire, qui du haut de ses plates-formes faisait pleuvoL ^ les pierres et l'huile bouillante sur la tète de l'assaillar^»^! enivré par un premier succès. Enfin, s'il fallait reculer encore, on se réfugiait dans le donjon, énorme tour rond- e ou carrée qui s'élevait isolée au milieu de la cour iJl ^