‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 23 sur 145 · U TRÊVE DE DIEU · texte numérisé non relu

U TRÊVE DE DIEU

yen d'être un monstre même à côté des sires de Montry, de Rochefort, de Polignac et de Montmorency. Le ne le relâcha qu'après qu'il eut juré aux moines de nt-Père de Chartres, avec tous les serments nécessaires, défendre leurs terres de la Beauce, sans jamais établir îsus aucune mauvaise coutume. Il acheta à ce prix une ce et un anniversaire sur leur martyrologe, pour son re et pour lui-môme. (Guérard, Cartul, 452.) Arrivés à leur majorité, les fils de ces nobles bandits se uvant déshérités par ces restitutions in extremis, dévoient, pour le monastère, des voisins jaloux, habiles à isir tous les prétextes pour saccager ses domaines (l).Les 5 pillaient sur de nouveaux frais les campagnes, parce e leurs pères les avaient pillées jadis et s'étaient repentis, profit des moutiers, des crimes dont avaient souffert leurs nanciers (2).

Dans la première année du xm® siècle, l'évêque de Straslurg avait des différends avec le frère de l'empereur mn VI, le duc Philippe, <( dont la bénignité et la douceur rmaient le caractère particulier. Il commença par faire un îgàt général en ravageant les moissons qui étaient prêtes recueillir. » Le prélat sut se venger en faisant à son tour un furieux dégât y> sur les terres de son ennemi (3). A quelques années de là, et dans une autre partie du )yaume, Enguerrant P% comte de Coucy, ayant enlevé épouse de Godefroy de Namur, l'incestueuse et adultère ybille, une guerre terrible s'éleva entre les deux rivaux : Leur fureur ne fil quartier ni aux hommes ni aux terres.

(^) Yoy. la Chronique de Geoffroy, prieur de Vigeois, t. II des manucritsdupère Labbé, chap. lxxiii, 328, vers l'an 1182. Tous les cartu- ^res des moutiers témoignent à chaque page de ces faits.

(2) « On ne. voit que querelles entre les seigneurs et les évêques, les jentilshommes et les abbés. » — Montesquieu, Esprit des lois^ mi, 10.

(3) Laguille, Hiêtoh-e d'Alsace, I, 209.

Ravages, meurtres, incendies, rien ne fut épargné. Tous ceux du parti de Godefroy qui tombaient entre les mains d'Eiigucrrant étaient sur-le-champ mis à mort; Godefroy ne faisait pas un meilleur parti aux gens d'Enguerrant : on leur crevait les yeux, on leur coupait .les pieds; la potence était leur plus doux supplice (1). »

Yeut-on savoir comment se vengeaient les paysans, celte race si maudite, si insultée et si calomniée ? En 1229, des. différends surgirent entre Tévêque de Strasbourg et Thiern' de Montbéliard. Celui-ci porta le fer et la flamme sur les terres de TEglise. « Ces ravages, dit rhistorien de l'Alsace, irritèrent les paysans, qui, s'étant attroupés, vinrent fondre sur le comte, et l'ayant pris, le conduisirent dans les prisons du prélat. » Il en fut quitte pour payer sa rançon à Tévêque, qui le fit relâcher. (Laguille, I, 224.)

Le célèbre duc de Bretagne, Pierre Mauclerc, exaspéré par les crimes incessants des vicomtes de Léon, ses vassaux, les ayant chassés de leurs domaines, ils se mirent à vivre en pirates et en bandits sur leurs propres terres, avec tous leurs gens et toute leur suite (1221). Les seigneurs voisins prirent parti pour ou contre, les uns avec Mauclerc, les autres avec les vicomtes de Léon, et une longue guerre civile ravagea les campagnes de la Bretagne. Fatigué à la fin de ces pilleries réciproques, le duc convoque le ban et rarrièrc'ban de ses sujets, et marche contre les révoltés, auxquels il livre bataille en 1225, à Chàteaubriant. « Le chamaillis se commença fort et ferme. C'étaient mêmes armes, môme sang, même cœur; la terre fut incontinent couverte d'hommes morts (2). »

Les autres provinces n'étaient pas plus heureuses, et dans la Champagne et la Brie, par exemple, des causes analogues amenaient dans le même temps des scènes semblables.

(1) Dom Toussaint Duplessis, //is^ des seigneurs de Comcj/,.24. (S) D'Àrgcniré, Hisl, de Krefagne, liv. V, chap. iv.

orKnnKs priv^rs. m

« Rien n'égale les ravages que firent les troupes maîtresses ' de la campagne, et que l'animosité des chefs laissait en pleine liberté. On ne voyait de tous côtés que cliAteaux, maisons de campagne, villages et villes en feu : les barons en fureur ardaient et brûlaient tout le pays par où ils passaient, et le malheureux Thibaut se vit lui-même obligé, poiir couper les vivres à ses ennemis, de livrer aux flammes plusieurs de ses places. » (Velly.)

L'incendie, une fois allumé sur un point, gagnait de proche en proche et étendait au loin ses ravages. Ainsi, saisissant le prétexte que lui offrait la guerre civile qui déchirait la province limitrophe, Amaury d'Anjou se déclare pour es vicomtes de Léon, brûle et pille chez le duc de Bre- ;agife, au risque d'appeler la flamme et le pillage sur ses )ropres terres. C'était, en effet, un redoutable ennemi que îe Pierre Mauclerc, Tun des plus grands esprits de son ;iècle, vassal insoumis de la couronne de France, suzerain mpitoyable sur ses terres, et surtout le plus implacable adrersaire que le clergé eût rencontré jusqu'alors. Savant pour ;on siècle, il eût pu tenir tête aux évêques dans un concile, îomme il rompait des lances sur le champ de bataille contre les chevaliers. Non content de retrancher d'autorité aux ecclésiastiques « tous ces devoirs qu'ils tenaient indûment et injustement sur le pauvre peuple, tierçage, past nuptial, et grand nombre d'autres introduits par simonie, exactions et pilleries sous infinis titres », il leur citait au besoin « les saints décrets et les saints canons prohibitifs de telles aliénations, les appelant vendeurs de sacrements, marchands de l'Église, et assez d'autres titres... »

Puis des paroles passant aux actions, « il faisait rage » sur

leurs domaines, massacrant et emprisonnant leurs hommes,

et, pour ne pas violer le droit d'asile, faisait murer les

portes des églises au sein desque^lles ceux-ci espéraient

trouver leur sûreté. Ils y périssaient par centaines, dans

toutes les horreurs de la faim (d'Argentré).

A la même époque, c'est-à-dire sous le règne de saint Louis, on peut voir les chanoines de Soissons et les seigneurs du pays ravager réciproquement leurs terres, démolir les fermes, s'emparer des hommes et du bétail (4), tandis que l'Alsace nous montre un abbé confisquant les biens des hdmmes de son adversaire et les asservissant eux-mêmes (Laguille, I, 248), procédés également familiers aux évêques entre eux (2) et aux rois eux-mêmes contre les évêques leurs adversaires (3).

Il n'était pas rare de voir les évêques prendre l'initiative et donner le signal de la guerre. En 1244, par exemple, l'évêque d'Auxerre prétendit que deux châteaux, qui avaient toujours relevé du comté de Champagne, devaient relever de son évêché. Au lieu de titres et d'arguments, il excommunia le comte d'Auxerre, propriétaire de ces châteaux, pour le contraindre à lui en faire hommage. Grâce à la terreur qu'inspirait alors l'excommunication, le comte dut céder; mais c'était encourir la colère du comte de Champagne, c'était mettre lui et ses hommes à la merci d'un suzerain justement irrité, et la lance du comte n'était pas moins à redouter que les foudres de l'Église. Il protesta donc par un acte séparé, qu'il n'avait fait cet hommage que pour faire cesser l'excommunication.

Toutes les provinces nous offriraient uniformément te spectacle affreux de ces guerres privées et de ces sanglantes dévastations. En Bourgogne, ce sont les rivalités du comtft Etienne II et du duc Othon de Méranie (1227). « Ce fut un«

(1) Dormay, Hist. de Soissons, 220.

(2) Dom Calmet, Hist. de Lorraine, II, 612.

(3) « En 1200, le roi d'Angleterre, à la tête de 1600 hommes ai ses cotereaux, d'un côté gâtait et pillait le Bcauvoisis ; d'un autre côt Jean sans Terre, ayant à sa tête deux capitaines provençaux, suivis quelques bandes les plus cruelles du monde, courait le pays de voisis pour se venger de l'évoque et de son archidiacre, lesquels avaic fait des courses et ravages eu ^ottftwadle, » Louvct, Hist, de Beaw

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