DONATIONS AUX COUVENTS
(erre par usurpation violente (1), empruntant au besoin le secours de certains seigneurs laïcs plus puissants qu'eux, auxquels ils abandonnaient une part dans les bénéfices, dans l'association (2). Ils l'eurent par usurpation habile, ou par prescription, si l'on veut, et souvent la simple possession Tunanet un jour suffit pour leur en assurer la propriété (3). Ils l'eurent par l'héritage, l'homme ou la femme, en entrant lu couvent ou en prenant le voile, faisant une cession absoue de leurs biens au monastère, et continuant à hériter de eurs proches, tandis que le monastère seul héritait d'eux (4). Ils l'eurent en prévision de la fin du monde qui approchait adventante vespere mundi), chacun s'empressant de se décharger sur eux du fardeau de ces biens si préjudiciables m salut, assurés et garantis par les moines d'obtenir dans le ciel autant d'ares qu'ils en concédaient sur la terre. Ils l'eurent par Vaumône, « qui éteint le péché comme l'eau éteint le feu » : elle servit à racheter l'âme en danger du donateur ou des siens (5); l'Église, en échange, donnait des prières que, pour stimuler le zèle des croyants, elle n'accordait qu'aux bienfaiteurs dont les libéralités l'enrichissaient (6) ; la maladie devint un châtiment céleste, dont on détournait les effets au moyen de donations pieuses (7);
(1) 3c capit. de .Cluirlemagne^ de l'an 81 L — Baluze, Capit.^l,
(2) De Laurière, Addilions sur Ragneau.
(3) Charte de Richard d'Angleterre, de 1189, aux moines de la <irùce-Dieu. — Arcère, Hist. de la Hochelle, I, 50.
(t) Richard Simon, I, -41 ; II, 6i, 05.
('^) On voit, dans jrtarculphe, de nombreux actes de donations en faveur des monastères. Ils sont souvent conçus dans ces termes: o {Pro f^edioj pro redeniptione animœ iwcce, vel genilricis meœ, propinquorum...)
(6) Dans les vieux missels manuscrits, au canon de la messe, au lieu ^^ • « Mémento, Domine, famulorum famularumquc tuarum, et omnium C'rcums/onfiMm, » il y avait : « quorum eleemosinis sustimmur. n
'0 " E(jo castigalus flagelJo dirino decucuvri in nidcjuà œcjrUudi^vc,,» >>
m HISTOIRE DES PAYSANS.
loute guérison était due à Tinte rvention miraculeuse d*un saint, et les moines savaient faire payer entre leurs mains les honoraires de leurs patrons (1). Le moutier disséminait ses frères sur la campagne, l'homme du cloître se faisait anachorète, sachant que la piété crédule du peuple le com- •blerait de biens. Quand une contrée était à sec, il allait établir ailleurs son humble cellule, et tout allait au couvent (2). On donnait à l'instigation de Tévêque, on donnait entraîné parla parole d'un orateur éloquent (3), on donnait de toutes manières, on donnait de toutes mains, on donnait toujours.
Flattant la passion des châtelains pour la chasse, ils les trouvaient heureux d'échanger de riches métairies contre quelques faucons habilement dressés (4), — comme cette comtesse de Fiesque, sous Louis XIV, qui était si fière d'avoir vendu une méchante terre qui ne lui rapportait que du blé, afin de' pouvoir acheter « un parfaitement beau miroir de Venise », rareté alors fort chère (5). Ils savaient tenter les chevaliers par l'appât de nobles destriers (6), et prêtaient aux gentilshommes sur leurs domaines, qui restaient entre leurs mains si l'argent n'était pas remboursé dans les délais convenus ^Parfois, le noble sire, entraîné par son désir de faire aux moines de pieuses donations, pillait le bieij des vilains pour le donner au moutier, à la condition qu'il y serait reçu à certains jours de l'année avec sa suite, et qu'il dînerait à la table du prieur ou de l'abbé. Chacun y trouvait son avantage (au vilain près; mais qui songe à lui ?), et le couvent porte
(1) Dormay, Hist. de SoissonSy I, 416.
(2) Uicliard Simon, II, G6.
(3) (( Suadente episcopo.,. omnes eleenwsynœ amatores et benefactores œtema benedictiom' et episcopàli absolutions sublimavit, • — Dom Lobineau, Hist. de Bretagne, preuves, p. 64, 72, 73, 100, 291, 301, 305...
(i) Dom Lobineau, p. 179.
(5) Saint-Simon, Mémoires^ IV, 159.
m Dom Lobineau, 1^5, \;iO, 101, SLV\"...