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LES CROISADES

qui eut encore pour effet d'accroître le nombre des dominateurs du plat pays. On acheta la noblesse, qui désormais perdit ainsi le prestige qu'elle pouvait exercer sur des masses abruties par l'oppression, en vertu de cet aphorisme profondément vrai de Tallemant des Réaux : « Le peuple a toujours de la vénération pour ceux qui le mangent (i). » Les mayeurs, les maires (majores) des villages, à leur tour, achetèrent la franchise et furent abriter leurs richesses derrière les murailles de la cité. C'est-à-dire qu'il y eut d'autres nobles et d'autres bourgeois; mais ces nobles et ces bourgeois furent ce qu'avaient été leurs devanciers, et la situation de la classe agricole ne changea pas. Du reste, les Etablissements de saint Louis vinrent, au nom de l'ordre, « pour que les choses fussent faites selon raison, pour les mauvaises coutumes abattre, et les bonnes mener avant (2) », s'opposer à ces acquisitions et mettre une barrière à cette tendance prématurée d'émancipation des couches sociales inférieures, Ceux qui possédaient ainsi des fiefs et arrière-fiefs les conservèrent, mais il fut défendu *\ix vilains d'en acquérir à l'avenir.

Tout était immobilisé de telle sorte entre les mains des tarons, que l'Église elle-même, malgré sa puissance envahissante, ne pouvait recevoir les donations d'immeubles que sous certaines réserves dont voici la cause (3). Les "iens une fois entre les mains des communautés religieuses, ^ui ue pouvaient aliéner, ou des communautés laïques (4),

(t) Historiettes, vu, 8.

(2) Beaumanoir, Coût, de BeauvoisiSy chap. xlviii, p. 264.

(3) « Qui aliène son fié ou partie sans Toctroy dou segnor, et autrelïient que par Tusage du royaume, et le met en main d'yglise ou de "■^'igion, ou de commune, ou d'autre, le segnor de qui il tient cel fié ^^^ prendre ce qu'il a aliéné, et tenir et user comme de la soue chose ^ ïe segnor dou fié, par le fet qu'il fait, enchet envers son segnor de Perdre à toiours lui et ses her, ce qu'il a dou dit fié aliéné, et retourne

*^gnor principal. » — Assises de Jérusalem. .f \ ) J'expliguera/^/i7s loin le rôle immense et peu connu (\ue \Q\xftvcxv\.

\n HISTOIRE DES PAYSANS.

qui avaient intérêt à ne pas le faire, devenaient frappés d'immobilité, de telle sorte que les sires perdaient les droits de lods et ventes, dont nous aurons à parler, et qu'ils touchaient à chaque mutation de propriétaire. De graves contestations, de longues luttes armées eurent lieu à cet égard entre l'Église et les gentilshommes, et Louis IX n'hésita pas à proscrire ces « abrègements de fiefs », et à donner gain de cause aux nobles contre l'Église, qui ne put plus recevoir sans payer à ceux-ci un dédommagement pécuniaire.

Cependant l'humanité avait marché un grand pas sous le règne du pieux monarque, et il avait semé la généreuse moisson qui, à son insu peut-être, devait mûrir contre la féodalité. Il avait cru sauver la noblesse en interdisant aux bourgeois de s'introduire en intrus dans les rangs des châtelains, et ce fut son fils même, Philippe III, qui, par une ordonnance de 1275, révoqua l'interdiction d'acquérir des fiefs imposée aux roturiers, qui purent désormais les posséder, sous la condition de les servir. Mais les ordres privilégiés gardèrent souvenance des efforts de saint Louis, et quatre siècles plus tard, Louis XIY, dans son édit sur les francs-fiefs (novembre 1656), prit soin de rappeler que les roturiers n'eussent point dû acquérir des biens nobles et féodaux.

Cette sainte folie des croisades, qui tourmenta l'Europe pendant deux cents années, frappa toutes les têtes, exalla tous les sexes, entraîna tous les âges. Déjà, en 1212, on avait vu la croisade des enfants, qui, armés de boucliers d'osier, de sabres de bois, de lances de roseau, prétendaient purger la ville sainte de la présence des infidèles. Plus de cinquante mille se mirent en marche. Tous périrent ie faim, de fatigue et de misère par les chemins, à l'excep-

les communautés agricoles, et quels services elles rendirent aux ^' 'tailleurs des campagnes.

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