LES PASTOUREAUX
iragabonde, la licence des mœurs, la soif du pillage, Timpunité assurée, attirèrent dans leurs rangs élastiques tous les dépossédés, tous les parias de cette société barbare, les ribauds, les femmes folles de leur corps, les malandrins, les déserteurs de ces bandes indisciplinées qui constituaient alors la seule force armée.
Partis de Flandre, ils traversèrent la Picardie, entraînant à leur suite des populations que rien n'attachait à leurs chaumières effondrées. Ils n'étaient pas moins de 30 000 lorsqu'ils arrivèrent à Amiens, où ils furent accueillis avec transport, largement défrayés pour tous leurs besoins.
Mais déjà la croisade dégénérait en pillage, déjà ces étranges disciples de l'Agneau de paix portaient des piques, des poignards, des cognées, des faulx et toutes sortes d'armes. Bientôt ils sont 50 000,, et mettent la famine sur leur passage. Le dévouement se lasse, ils exigent ce qu'on ne leur ©fifre plus, vivent en bandits, « faisant maux et pilleries in- Aumérables par les chemins, tant aux champs qu'aux maisons ». (J. Chaumeau, (Hist. du Berry.)
Alors ce ne fut plus qu'un long cri de détresse et d'effroi |»ar tout le royaume. Les magistrats, désabusés trop tard, maudirent leur fatale imprévoyance. Le clergé, plus vivement attaqué, voulut ramener à lui les populations. Jacob lonna contre lui avec une nouvelle énergie, démasqua sa simonie, ses débauches; des moines furent battus, massacrés sous les yeux du peuple, sans pitié pour les victimes.
Paris n'osa pas fermer sa porte aux pastoureaux. Le Maître de Hongrie officia, prêcha à Saint-Eustache en costume d*évêque, abandonna à la fureur de ses sicaires quelles ecclésiastiques que leur mauvaise renommée désikiiait aux vengeances populaires. Puis ils sortirent de Paris |ians être inquiétés, fiers de ce succès qui rehaussait à leurs Ifeux l'importance de la mission qu'ils s'attribuaient, et payant des foules nouvelles venir tous les jours grossir le\w:^ Imgs, qui réunirent bientôt plus de 100000 ctovsfe^. ^^
pouvant plus les nourrir, Jacob les divisa en plusieurs corps d'armée qui se dirigèrent vers différents ports de mer où ils devaient s'embarquer. La terreur seule désormais précédait leur marche, la ruine et la mort leur faisaient escorte.
Le 11 juin, ils entrent à Orléans, bravant les défenses^de l'évéque. L'un des chefs prêchait dans la rue les. principes subversifs qu'ils préconisaient, lorsqu'un ecclésiastique s'écrie : <c Misérable ! est-ce une telle doctrine que tu enseignes à ces hommes égarés ? :» Un coup de hache l'abat aux pieds du prédicateur, et le massacre commence. Mais tandis que les ecclésiastiques et les bourgeois s'enfuient de tous côtés, les écoliers prennent l'offensive, rendent de leur mieux meurtre pour meurtre, et forcent les pastoureaux à sortir de la ville.
Cet échec ne fut que le premier de la série. La régente ayant appelé sur leurs tètes les foudres de l'Église et les rigueurs de la justice, ils furent excommuniés, rejetés F hors la loi; et alors « les laïques, qui avaient regardé avec P\ indifférence les meurtres des ecclésiastiques, commencèrent à se soulever lorsqu'ils virent qu'on les attaquait eux-mêmes ». (Tillemont).
La bande principale, que dirigeait Jacob en personne, arrive sous les murs de Bourges. Malgré la défense des magistrats, la populace irritée contre les seigneurs et les ecclésiastiques leur ouvre les portes de la cité. Ce fut surtout sur les maisons et sur les personnes des juifs que tomba lenf rage sanguinaire. Désormais pillards avant tout, il Icuf fallait de l'or, et c'était chez les juifs qu iïs savaient i«. trouver.
Mais le peuple était fatigué de cette pillerie immense qui faisait place nette partout où elle s'arrêtait et laissait l0 désert après elle. Menacés de toutes parts par la foule d^l^^ sabusée, les pastoureaux s'éloignent en toute hâte de ^ W^ cité inhospitalière. l\s sowl 3iW,^\w\& k deux, lieues de la viB^ J^
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