‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 47 sur 145 · LES LÉGISTES · texte numérisé non relu

LES LÉGISTES

longues années de sa vie en prison, parce qu'une grande science le plaçait, comme Louis IX, trop en avant de son siècle, et qui n'avait pas, comme le fils de la reine Blanche, la couronne royale pour l'abriter, lui qui ne portait au front que la couronne d'épines du génie, Roger Bacon, dans la dernière partie du xiii° siècle, vers 1277, découvrit, ou tout au moins fit connaître une force immense qui allait bientôt rétablir parmi les'jhommes l'égalité physique détruite. Cette puissance nouvelle frappait avec une rapidité et une énergie telles qu'il semblait que l'homme avait ravi à Dieu sa foudre. Rasant les murailles des donjons inaccessibles, et trouant les poitrines des chevaliers, longtemps invulnérables derrière leurs armures de fer, elle allait briser comme verre entre leurs mains étonnées les sceptres de tyrannie. Grâce à la poudre à canon, qui faisait tous les hommes égaux devant la faux de la mort, les grands de la terre allaient y regarder à deux fois avant de se lancer dans ces guerres qui n'avaient été pendant si longtemps meurtrières que pour la menuaille et la vile multitude. La colère du vilain monta jusqu'à l'aire du vautour, avec la balle vengeresse chassée par la poudre. Le canon combla le fossé du château en y renversant les épaisses murailles, rempart désormais impuissant. La science marcha un premier pas pour reconquérir ses avantages sur la force, qu'elle remplacera un jour; seulement, par une transition nécessaire, la science n'était encore qu'une combinaison avec la force, qu'elle déplaçait et égalisait entre toutes les mains. Elle commençait par détruire, plus tard elle ne fera plus que créer.

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