‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 48 sur 145 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Philippe le Bel. ^ Llofluence des légistes grandit encore. — Nouvelles luttes de la royauté et de la papauté, qui se disputent les deniers du peuple. — Convocation des états généraux. — Le tiers état, c'est la bourgeoisie, ce n'est pas le paysan. — Les états ne servent qu'à légaliser les exactions des rois, qui en obtiennent des subsides, que la bourgeoisie, retranchée derrière ses privilèges, rejette sur le caiQ'' pagnard. — États provinciaux : le paysan n'y est pas davantage représenté. — Exactions de Philippe le Bel : les maUdtes se suoeèdeot Sans trêve ni relâche.

« Une classe nombreuse demeurée longteops a | arrière, celle des serfs de la glèbe, entra en ao tion au moment même où parut s^affiiiblir Ténergie de la classe bourgeoise. Cette réyololioo, iont il est plus aisé d'apercevoir les résoKits que de suivre la marche et les pr(^près, n'a point encore eu d'historien. Ce serait un bew travail que de la décrire, et d'en jtroover les véritables traits sous le récit vague et incomplet des narrateurs dn temps. %

AuGusnM Thierry.

La royauté a su affaiblir les seigneurs et le clei^é en favorisant l'établissement des communes : elle a grandi, tant par son propre accroissement que par rabaissement de ses rivaux. Mais comme les \\Ues à leur tour commencent à devenir une puissaucfe, e\\^ N;i,\x^\^^^\ \sv"!i\\vV^^x^\\^c.Qm

PHIIIPPE-LE-BEL. m

re du même coup les nobles, les ecclésiastiques et les s en affranchissant les campagnes. Elles ne dépendront ? aussi di^èetement des châtelains et des bourgeois, qui imencent à arriver à la propriété du sol; elles auront ains droits et tendront désormais à s'appartenir à ellesnes. L'œuvre révolutionnaire des communes est tertée, elles vont s'amoindrir et disparaître à leur tour, la e va être entre les seigneurs et les serfs, lutte sourdeit secondée par les rois, comme l'avait été celle des imùnes contre les châtelains et les évêques. L la fin du xii° siècle, Louis VII et Philippe-Auguste ient permis à diverses villes et bourgs d'établir une comne contenant les usages propres à chaque lieu, et sons lis IX on rédigea quelques coutumes entières de certes provinces, celles de Paris, par exemple, d'Orléans, l'Anjou, etc., confirmées en 1270 par le saint roi. în 1302, Philippe IV ordonna que chaque bailliage ou échaussée assemblât des personnes intelligentes pour ueillir les anciens usages observés sous saint Louis. Les tûmes trouvées bonnes furent enregistrées et observées, autres furent abolies. Quand il y avait quelque difficulté, faisait une « enquête par tourbe », on réunissait des loins qui certifiaient qu'à leur connaissance tel fait ait toujours passé de telle ou telle manière. Dans les 8s, et pour les points qui offraient matière à discussion, proposait la difficulté au « parloir des bourgeois », et i donnait force de loi à ce qui était communément en ge. Car — « une fois n'est pas coutume »; — « voix n, voix de nun ».

jBs coutumes, véritable jurisprudence de l'opinion, acquiit une nouvelle force sous Charles IV, qui, en dépit des )rts des légistes, défendit d'alléguer contre elles le droit oain. Enfin nous verrons plus tard Charles VII prescrire, 'l'ordonnance d'avril 1453, qu'elles soient. loxA^^^fe^^v^'^^'s» ar écrit et en un livre », ordonnance qui ue te^xAuw^^^-

mencement cU exécution que postérieurement, en 1495, sous Charles VIII.

Mais laissons les événements reprendre leur ordre chronologique.

Le XIV® siècle s'ouvrit, comme le xui®, par des démêlés entre le roi de France et le pape, Philippe le Bel et Boniface VIII se montraient également irrités l'un contre l'autre ; on en était aux gros mots : le roi nommait le pape Maleface, plaisanterie que le pape retournait en disant que Philippe n'était Bel que de nom. S'agissait-il encore de quelque adultère royal, et la religion et la morale penchaient-elles vers leur ruine ? Non ; la cause de cette grande querelle, d'un ordre moins élevé, était celle-ci : le pape et le roi se disputaient les deniers du peuple, et les exactions de l'un empêchaient celles de l'autre de pouvoir être aussi fructueuses.

Philippe usait et abusait si largement du droit de régale dans les diocèses des domaines royaux, que le nouvel évéque trouvait le palais épiscopal démeublé, le* trésor à sec, et les censitaires de l'Église tondus à ne pouvoir l'être de longtemps.

Le pape, de son côté, après avoir institué le jubilé, qui 1 fit affluer à Rome les pèlerins et l'argent de la chrétienté, voulut lever encore la dîme sur les peuples de France, et forcer le roi à lui reconnaître le droit d'imposer sur le royaume une taxe d'un centième sur tous les revenus, ou tout autre à sa volonté.

Menacés dans leur temporel, les évêques élevèrent tout d'abord leurs cris vers leur maître temporel, vers celui qui avait l'intérêt le plus immédiat à les maintenir riches, et qui, en même temps qu'il pouvait les défendre plus efficacement, pouvait aussi les dépouiller avec plus de. facilité. Philippe, naturellement, se fit payer la protection qu'il accordait aux évêques, ne voulant pas se brouiller pour rien avec la cour de Rome. W ta\^i\\, \^ ^xsiwtte. en Flandre; il

[PniLIPPE-LE-BEL ET BONIFACE VIll. 213

leur demanda de lui accorder des décimes. C'était la première fois que la royauté adressait au clergé une pareille demande. Le pape, alors, par la bulle Clericis laiquoSy défendit à tous les ecclésiastiques de fournir de l'argent à aucun prince, à quelque titre que ce fût, prêt, don, subside ou autre, et lança à tout hasard l'excommunication contre tous ceux qui, fussent-ils même rois, en demanderaient ou recevraient. Certains désormais de voir ruiner leurs tenanciers, les évêques se demandèrent s'il leur serait moins préjudiciable de l'être par le pape ou par le roi.

Je ne raconterai point les péripéties de cette longue lutte, qui se termina par une transaction. Le pape eut le droit de lever les décimes, mais à la condition de donner au roi sa part et de l'associer à ses exactions, si bien que les domaines de l'Église furent pillés des deux côtés.

Les villes avaient leurs chartes de communes qui les mettaient à l'abri de ces orages. Mais le peuple du plat pays, sans lien, sans force et sans cohésion, disséminé par groupes impuissants sur toute la surface du royaume, paya pour tous. Jacques Bonhomme — on commençait à l'appeler de Ce nom, — Jacques Bonhomme eut désormais huit mains dans ses poches : celles du roi, qui n'y versait que de la Csiusse monnaie, celles des décimateurs, celles de ses seigneurs directs, et celles du pape.

Cette grande querelle du roi et du pape eut pour le

peuple des conséquences considérables. D'abord le roi, à

Court d'argent, escompta l'avenir au profit du présent, ven-

. dit la liberté à quelques serfs des campagnes, abolit la ser-

^tude personnelle dans les domaines du Toulousain et de

l*Albigeois, et convertit les corvées et services de corps en

^^devances de douze deniers tournois par chaque setier de

^rre qu'ils cultivaient.

C'était encore, au xiv® siècle, un terrible adversaire que *^ pape, n tenait dans sa main toutes les consciences de la -^lirétienté, et du fond de son palais de Rome W fe\.few^"à\.

214 fflSTOIRE DES PAYSAÎ^S.

celle maîn sur tous les royaumes, commandant l'obéissanc <m la révolte, parlant haut et loin. Philippe le Bel, avar d'engager la lutte, comprît la nécessité de s'appuyer sur l gentiment national, et, en 1302, il convoquâtes états gêné raux. C'est la première fois que le tiers état reparaît offi eiellement sur la scène. Les assemblées des vm^ et ix® siè des avaient été de véritables états, plus larges même, cai le peuple existait sous les deux premières races; mais ii avait, au moins politiquement, complètement disparu soas la troisième. D n'existait plus que deux ordres dans la nation, la noblesse et le clergé (1); le reste était une vile multitude qui avait pour mission d'obéir aveuglément, et avec laquelle on ne comptait pas.

On a beaucoup parlé, beaucoup écrit sur la grandeur de la mission des états généraux, sur le bienfait de leur institution, sur les garanties que le peuple y avait renccmtrées. Si l'on veut juger l'œuvre à ses résultats, on reconfiaitra qil'elle fut fatale aux populations agricoles.

€ En ces assemblées des trois états, dit Pasquier {Becherches mr la France)^ non-seulement on y appelle le peufde avec la noblesse et le. clergé, mais, qui plus est, il en fait la meilleure part, faveur qu'on lui fait acheter par une infinité de subsides qu'on ne connaissait en France ni sous les Mérovingiens, ni sous les Carlovingiens, ni même bien avant sous les Capétiens. Ce n'est pas (pie nos rois ne contraignissent de fois à autres leurs sujets de leisr pajer quelques deniers qu'on appelait tailles ou divisiGmj parce qu'ils étaient levés par capitation et par départements, mais ces exactions causaient fort souvent des émotions populaires. Aussi les sages mondains qui maniaient les paires dif royafume, pour faire avaler avec plus de douceur cette piff' gation au commun peuple, furent d'avis d'y apporta q«el- (pie beau respect... Alors les députés de chaque mtfav

(i) Saint-Simon, Mémoires, WU, 61.

Page 1