‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 52 sur 145 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Les trois flls de Philippe le Bel. — Réaction a\i profit de Tesprit chevaleresque. — Les guerres privées continuent. — Comment on guerroyait alors : on ne se battait pas, on ruinait son adversaire en massacrant ses hommes et en saccageant son territoire. — Misères affreuses. — Nouvelle insurrection des pastoureaux. — Premiers affranchissements généraux : ordonnance de 1315. — Les serfs refusent de se racheter. — Louis X ordonne de tailler les récalcitrants. — L'ordonnance de 1315 reste sans effet.

« Los paysans étaient décidément plus malheuS rcux qu'ils ne l'avaient été dans le» deux siècles précédents. » Sismondi, X, ftW.

Ce fut la tradition constante de tous les rois et princes de la troisième race de montrer au lit de mort un repentir amer des injustes et continuelles levées d'impôts, des variations de monnaies et de toutes les violences qu'avait endurées le peuple pendant leur règne. (Mézeray, V, 374, 375). Muni du pardon de TÉglise, le monarque se retirait de la scène du monde en repos avec sa conscience, et laissait le trône à son successeur qui marchait invariablement sur ses traces. En vain Philippe le Bel avait ordonné, par son testament, de suspendre la poursuite des tailles indues, de faire des restitutions et de réparer les torts qui avaient été commis : Louis X ne restitua pas, ne fit pas cesser les levées de deniers, et pressura son peuple autant que Tavait fait son père : la seule différence est qu'il le fit le plus souvent par d'autres moyens et dans un autre but.

L'histoire de notre pays a vu trois fois, a et toujours à \^ maie heure », se reçToàvxVte ç.^^^\V^^\x^\^^\^\^^^esuccé-

LOUiS X. 227

dant au trône sans pouvoir le léguer à leurs fils. Louis X, Philippe V et Charles IV passèrent, emportés par un vent d'orage, comme si la mort rapide de Philippe le Bel, cité dans Tannée au tribunal de Dieu, n'eût pas suffit à venger le supplice des templiers ; comme si, pour punir un si long règne d'implacable et froide tyrannie, ce n'eût pas été trop de l'extinction de toute une race de rois.

L'esprit positif avait dominé, à l'aide des légistes, sous Philippe le Bel. Le règne de Louis le Hutin fut une ère de réaction au profit de l'esprit chevaleresque : réaction éphémère, parce que le temps garde victorieusement ses conquêtes en dépit des défaillances apparentes ou momentanées des peuples auxquels il en confie le dépôt; réaction impuissante, parce que la noblesse ne sut pas lier ses intérêts à. ceux du peuple, à qui appartient l'avenir, et que ce n'était pas sérieusement qu'elle appelait à son aide les communiers du plat pays. Cédant à la ligue des seigneurs, Louis, pendant moins de deux années qu'il passa sur le trône, rendit dix ordonnances favorables aux intérêts de la noblesse et du clergé. Cette recrudescence du génie féodal et des mœurs chevaleresques réchauffa pour longtemps la fureur belliqueuse de ces nobles^bandits chez lesquels le meurtre était devenu une habitude et le vol une nécessité, et il faut encore leur savoir gré d'avoir bien voulu faire légaliser leurs ^brigandages, témoin ceux de l'Amiénois, qui demandèrent ^u fils de Philippe le Bel, avec toute la violence jJîcarde, ^ que tous les gentilshommes pussent guerroyer les uns ^ux autres sans donner trêve, mais chevaucher, aller, venir, 6t estre à armes en guerre et forfaire les uns aux autres » .

La royauté fléchit donc devant cette ardeur de pillage qui tourmentait les seigneurs, et les ordonnances du 9 jauger 1303, 8 février 1330, 20 mars et 5 avril 1350, 17 décembre 1352, etc., démontrent clairement que les guerres privées n'ont jamais complètement cessé, qvi'e\Ve,^\e^\^w- ^6ut avec vne fureur toute nouvelle, el (\yife \a \a^^\3\.^^

perdant du terrain, se borne souvent à régler les conditions de ces luttes désastreuses. Toutefois les rois savent profiter habilement de la circonstance pour indisposer les vilains contre leurs adversaires, en faisant bénir par les peuples rintervention royale, tandis qu'ils mettent au grand jour le rôle odieux que joue la noblesse, et même la bourgeoisie, complice des oppressions dont souffrent les vilains, (Ordon. dul7déc. 1352.)

Ici ce sont les nobles et les communautés de l'Artois qui guerroient de compte à demi contre la puissante comtesse Mahaut, leur suzeraine, soutenus par les troupes de Philippe V, « lesquelles saccagèrent tout le pays (Mézeray, V, 443) » ; là, c'est le sire de Coucy, Enguerrant III, qui dévaste les domaines de l'évêque de Laou (1); ailleurs, ce sont les bourgeois de Verdun, en guerre avec Thomas de Blamont, leur évêque, comte de Bar, et le seigneur d'Apremont, qui ravagent à l'envi les possessions les uns des autres (Mézeray, V, 444); ailleurs encore. Foulques de Mathefelon, évêque d'Angers, essaye cumulativement contre le vicomte de Beaumont, seigneur de la Flèche, des armes temporelles et spirituelles. Ces dernières commençaient à s'user pour avoir trop servi, et le pieux évêque sentit que ce n'était pas trop d'un miracle pour frapper les esprits qu'allait envahir un philosophismé prématuré. Plein de foi dans la protection divine, il se décide à tenter l'aventure, et, en présence du vicomte et d'une nombreuse assistance, il se fait apporter un pain de belle qualité qu'il excommunie : au même instant, de blanc qu'il était, il devient noir comoiB charbon. L'évêque lève ensuite l'excommunication et donne l'absolution au pain, qui reprend incontinent sa blancheur première, « dont le monde fut extrêmement édifié, i (2)

La plus longue et la plus fatale des guerres civiles de ce

(l) Doin Toussaint Duplessis, Hist. des seigneurs de Coucy. (2) Dom Barthélémy Koger, Ilist. d'Anjou, ^93; — Bourdigné, Chroniques d'Anjou; — Hiret, Antiq. de VAujou,

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