‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 53 sur 145 · RÉACTION FÉODALE · texte numérisé non relu

RÉACTION FÉODALE

îiècle fut celle qui ravagea la Bretagne pendant vingt-cinq anlées, coûta à cette province et à l'Anjou cent cinquante mille [labitants(l), et entraîna à sa suite la sanglante lutte qui livra ;)endant près d'un siècle le royaume à l'invasion étrangère.

Aussitôt la barlelte déclarée, chaque partie faisait rentrer ians les villes murées et dans les châteaux fortifiés tout ce qu'ils pouvaient contenir de bétail et de provisions, et Ton faisait saccager et incendier par avance toutes les chaumières, tous les villages qui ne pouvaient se défendre, et dans lesquels l'ennemi eût pu trouver à se loger et à se nourrir. On en abandonnait a la graisse et le profit » à ses hommes d'armes (2), ce qui les entretenait dans leurs habitudes de pillages et de crimes. Si, au contraire, on attendait le secours de troupes alliées, le seigneur faisait signifier aux malheureux paysans la défense, « sous peine de perdre corps et avoir, de rien mettre à l'abri, afin qu'elles fussent aisées et servies de ce qui était au plat pays. »(Froissart, II, 174.)

La royauté, il est vrai, tente de s'opposer à ces sauvages habitudes ; mais comme elle manque d'autorité pour se faire obéir, les ordonnances, impuissantes à protéger le peuple, nous éclairent seulement sur l'étendue des violences de ses ennemis.

« Au cas qu'ils voudraient faire, ou feraient guerre les uns aux autres, dit celle du 30 mars 1350, ils ne pourront abattre ni faire abattre maisons ni moulins, rompre ni faire rompre estangs, tuer chevaux, ni bestes, rompre guerniers, huches, huchiaux, vaisselle, effondrer vins, ni autre semblable gast faire; et s'ils ont fait ou faisaient le contraire, ils en soient punis, et soit réparé et mis au premier estât qu'ils auront fait, comme dit est, au coust des faisans, et rendront tous frais et dommages, et si en feront amende à nous et à parties. »

W Bodin, HisL d*Anjou, I, 496.

(2) Froissart, Ijv. 111, chap. xxxiv; — LaguiUe, Hist. d'Âlsace^^V^.

€ Les nobles, dit celle d'avril de la même anné%, sous l'ombre des dites guerres (privées), dommagent les bonnes gens et prennent le leur, et aucunes fois les prennent et translatent hors du royaume. y>

L'ordonnance du 5 décembre 1362 se contente de proscrire les guerres privées pendant que les ennemis sont en France, et celle du 20 juillet 1367 met une fois encore à découvert la criminelle conduite des seigneurs qui, en véritables bandits, et sous prétexte de guerres qu'ils n'ont pas même avec leurs voisins, pillent au hasard amis et ennemis, sans respecter même les sujets du roi.

Notons en passant que toutes ces ordonnances royales, qui signalent si clairement les nobles comme les auteurs des misères du peuple des campagnes, et semblent les désigner à leurs vengeances, précèdent ou suivent de quelques années la jacquerie (1 358).

Déjà en effet les émotions populaires se succèdent et se rapprochent de plus en plus. Les communiers de Flandre, en battant sur plusieurs champs de bataille la gentilhoramerie française commandée par le roi Philippe le Bel, venaient de donner la mesure de ce que pouvait le peuple, lorsqu'il luttait pour son indépendance et sa liberté. Ceux du Bordelais s'étaient insurgés (1302), avaient chassé la garnison, sans se jeter pour cela dans les bras de l'Angleterre. Après l'Aquitaine, FOccitanie. Adeux années delà, en 1304, les paysans, mourant de faim, envahirent, au nombre de plus de 20000, la forte ville de Toulouse, demandant du pain. Les consuls prirent des arrêtés, leur ordonnèrent de se retirer sur le plat pays, de tâcher de vivre chez eux comme ils pourraient, ou d'y mourir, sans venir apporter dans les villes la contagion de la famine. Pressés par le désespoir et sentant leur force, les campagnards menacèrent de piller les riches. Il fallut céder. Le parlement rendit un arrêt pour casser l'ordonnance des consuls, et pour tenter • rf'org-aniser les secouts ç\y3L^ t^d-w^m^vV. ç.^^'i malheureux.

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