CHAPITRE III
le V. — Nouveaux affranchissements généraux : toujours à titre eux. — Le serf presque toujours dans l'impossibilité de se raer. — L'amélioration dans son sort est plus apparente que réellç. n fait, il reste taillable à merci et ù miséricorde : une multiprodigieusc de droits lui enlève tout ce qu'il gagne, et pèse sur moindres actions et jusque sur ses plaisirs. — Le vent, la pluie, )leil, la poussière, tout rapporte au sire, tout coûte au tenancier.
« Jamais un seigneur ne donnait la liberté ni ne faisait la moindre ^âcc à ces gcns-là sans les faire bien acheter^ » Sauval, II, 453.
ilippe le Long continua les errements de son frèi'e s le Hutin, et donna des lettres patentes pour affranles serfs de ses domaines^ moyennant finance. Dans illes, le tiers état gagna peu en considération à élargir angs pour y laisser entrer des hommes avilis par une le abjection. Quant aux classes agricoles, il ne faut pas gérer les conséquences qu'eurent pour elles ces tentad'affranchissement. Ils continuèrent à se montrer fort 5 dans les possessions royales, autant par défiance que misère, et nous trouvons une bien grande preuve de ! pénurie absolue dans une ordonnance de Philippe V, jue, organisant les gardes des communes, il prescrit que [ue habitant devra déposer dans un arsenal public les es qu'on lui confie, parce que le peuple est assez misée pour les vendre afin de subsister (1). Les seigneurs, eur côté, montrèrent peu d'empres^ment à entrer dans oie libérale que leur ouvrait l'ordonnance de 1315, et
) ^râonn. du Louvre y /, ^h^ ; — Ordonnance du \^ max% V^V^»
les gerfs en conçurent une haine sourde dont nous aurons tout à l'heure à raconter les effets. D'ailleurs les choses étaient arrangées de telle sorte que , l'eussent-ils voulu faire, cela leur eût été le plus souvent impossible. Le fief servant n'étant qu'une dépendance et un démembrement du fief suzerain, le seigneur direct ne pouvait « apeticer » son domaine sans l'autorisation de son a. pardessus. "» (i) Tombés au rang des immeubles, les serfs n'en pouvaient être distraits, et celui qui était parvenu à soustraire à la rapacité de ses maîtres quelque somme avec laquelle il espérait acquérir ce que l'on appelait alors la franchise et la liberté, libéré seulement à l'égard du seigneur direct, rencontrait encore au-dessus de lui toute cette hiérarchie de tyrans vis-à-vis desquels il se retrouvait toujours dans son ancienne situation de serf, éternelle et fatale. Chacun de ces maîtres se faisaient payer pour confirmer, celte franchise , de telle sorte que , pour être libre , il fallait j passer par toute une série d'affranchissements, depuis le dernier châtelain jusqu'au roi (2). Celui-ci, il est vrai, se
(1) « On ne peut franchir son serf sans l'octroi de celui de qui l'on tient le fief. Car les droits que j'ai sur mon serf est de mon fief, donc si je lui donne franchise, apetice-je mon fief. Nul ne peut donner abre- {^ement de service de fief, ni franchises' d'héritages sans l'autorité de son pardessus. » — Beaumanoir, chap. xxxiv. — Voy. aussi Étàbliai' ments de saint Louis, liv. 1°', chap. xxxiv.
Toutes ces entraves existaient encore au XYil® siècle.
« Si le vassal affranchit son serf, selon la pratique observée d'an* cienneté, le droit est dévolu au seigneur supérieur féodal, pour reprendre à lui le serf, c«mme ayant été abandonné par le vassal, car tels serfs sont réputés immeubles. » — Guy Coquille, sur Nivernais,
(2) « Un serf, ou mainmortablc, ne pouvait presque point obtenir sa franchise, parce que, comme membre du fief, étant dévola par son premier affranchissement au seigneur médiat, et par le second affranchissement au troisième seigneur, et ainsi de seigneurs suzerains en seigneurs suzerains qui l'affranchissaient, jusqu'au roi, il ne se troir vait pas assez riche pour payer à tous ces seigneurs le^ finances qu'ils exigeaient de lui. » — De LaïutvèYô, Ordonnances du Louvre, préface.
Voy. aussi U)iselJn8!ltiit.cottlum\èTes;— OTàou\wxtwi«^'1^\ll^48^79.^