LA TAILLE
Sous la féodalité, aux jours où la tyrannie des maîtres t la loi> seule et sans contrôle, la taille est à volonté, à îrci, à discrétion, à miséricorde, ad omnimodam volunt^riy ad hene placitum (1). Situation fatale dont les villes ifranchissent peu à peu (2), comme on s'affranchit de ite oppression, par les armes, et que les seigneurs impont aux paysans aussi longtemps qu'ils le peuvent (3). Le nancier, soit serf, soit libre, est taillable haut et bas, le aître « taille et tranche » et dresse son rôle aussi élevé l'il le peut. Puis peu à peu, au xiv*' siècle, la taille à venté devient taille à volonté raisonnable, puis taille arbitrio mi viri>
A mesure que la taille se régularise et diminue dans sa aantité, elle tend à devenir perpétuelle, d'accidentelle 11' elle était, et dès 1190 nous voyons Henri I", comte de harapagne, abonner à perpétuité, au chiffre de six cents vres par an, la taille de la châtellenie de Provins. — Ce U la taille abonnée, abournée, jugée.
Quand le roi l'imposait, les barons la demandaient. Mais omme, dans les premiers temps, ils ne pouvaient la lever 'our eux dans l'année que le roi la réclamait, ils dressaient eurs rôles de telle sorte qu'il restât entre leurs mains une ïonne partie de l'impôt (4).
t^itauts des droits de coutume, talliam videlicet et alias oppresm^
(1) Ordonn. du Louvre^ XVI, préface, p. xxi.
(2) /d., XI, 208, 228,....; XII 376, etc.
f3) « Je suis en saisine, à juste titre, de tailler et exploiter haut et ^3s, et à volonté de seigneur, tel homme, etc.. » — Ancien coutumier français, Uv. III.
Titre de 1320': Hiigo de Bressiaco vendit, ac titulo purœ et pertoœ venditionis cedit los Meyer de Saisseu taillabiles et exploitahiles ^ ^ voîuntatem et mis^rlcordiam Dont. Enrici emptoris, cum posteritate ^r^'ïïkhominum. — Valbonnais, Ilist. du Dauphiné, 69.
(^) Bailly, Histoire financière de la France^ I, 46. — Lou«t\i^tÇi.> H\&- ^irt d'Ahbevilley M5.
iG» HISTOIRL DES PAYSANS.
Elle s'asseyait sur tous les biens meubles et immeubles, et, d'après Beaumanoir, elle s'élevait de son temps au (JiKÎème du revenu. Dans la Somme rur<Ue de Bouteiller, c'est-à-dire sous Charles YI, les manants ne la payent qu'une fois l'an, € qui est entendu du quint de leurs meubles >. Si l'on voulait frauder en déclarant moins qu'on ne possédait, l'excédant était confisqué et dévolu au roi, à moins que le seigneur ne l'arrêtât au passage.
Sous saint Louis, la commune élisait douze hommes recommandables chargés de l'assiette de l'impôt. Ils faisaient serment sur l'Evangile de n'épargner ni surcharger personne, de ne céder ni à la crainte ni à la prière. Vains serments ! car Beaumanoir nous apprend que déjà de son temps les riches hommes investis de cette mission déchargeaient leurs parents, leurs amis et eux-mêmes, pour chaîner « la quemuneté des poures hommes ]», et les abus commis par ces élus devinrent tels qu'en 4374 Charles V envoya dans différents diocèses deux réformateurs chargés de protéger le pauvre peuple contre leurs ^ grands et énormes crimes, excès,, délits, exacions et extorsions, fraudes, baraz, malices, roberies, pilleries et rapines ». (Orion.^ IV, 183).
Les vassaux ou arrière-vassaux, qui tous imposaient la taille, y mettaient moins de formalités, l'exigeaient sans la permission du roi (1), et nommaient eux-mêmes ceux qui devaient faire le dénombrement des feux et présider à l'assiette et à la perception de l'impôt (2). Souvent même ils imitaient l'ingénieux procédé de Charles le Mauvais, qui, trouvant ses sujets récalcitrants à ses demandes incessamment répétées, manda les principaux d'entre eux, et te reçut dans une cour close de hautes murailles et sans abri: « Vous êtes mal conseillés, leur dit-il, délibérez encore et de nouveau. » Il les laissa livrés à leurs réflexions, lew
(i) D'Espeisses; Ferrer., in quest. 5, 6?mw/. Pap, (2) Dom Plancher, Ilist. de BourgoQueAW^^^^iW.