CHAPITRE V
La corvée : son histoire, ses effets. — Guet et garde. Le guet est converti en argent; le donjon disparaît, mais la redevance subsiste. — Banalité da pressoir, de four, de moulin, de routoir, de tor et ver, etc. — L'usurpation est l'origine de tous ces droits. — La gabelle. — Le ban et l'arrière-ban. — L'ost et la chevauchée.
« Les roturiers, appelés vilains, étaient geoiioéprisables, surtout les habitants des campagnes; presque tous serfs de corps, quand ils auraient ea la volonté do bâtir des moulins, fours et presttiKi elle était étoufléc dès sa naissance par l'indigence forcco dans laquelle ils languissaient. »
GuvoT, Traité det fiefs, I, 543.
La corvée (1) est peut-être, de toutes les exactions seigneurialés, celle qui fut la plus odieuse et la plus justement détestée. Elle est contemporaine des premiers affranchissements, c'est le prix de la liberté; et comme Tassenisse* ment était le résultat de l'usurpation violente, la conée se trouvait frappée d'iniquité à son origine môme.
Le serf, dans sa misère, ne pouvait pas donner d'argent, il n'en avait pas ; il ne pouvait pas toujours payer des re* devances, ses terres étaient incessamment mises à sac, et il n'avait pas toujours du pain pour lui et pour sa br mille. Il donnait son temps, son travail, son corps. Aussi la corvée fut-elle à l'origine moins lourde que ne l'eussent été l'achat ou le bail. Mais, grâce aux abus sans nombre introduits par la tyrannie des seigneurs, elle devint surtout avilissante et fut le signe même delà déchéance de l'homme.
(i) Corvata^ cort^eia, courbia^ curvata^ a curvando, quia hujus moi opéras prestando liomines curvanltir.