BANALITÉS
bsolument impossible à des êtres isolés d'accomplir seuls t sans secours. Si la petite communauté venait à se disoudre, ce qui, il est vrai, n'arrivait guère, le vol n'était lus à la deuxième, mais bien à la trentième ou à la quaantième puissance.
Les guettables, ou retrayans, comme on les appelait, >ayaient en outre les salaires des portiers des châteaux : iar ils devaient « guet, garde et porte ]). La question de savoir s'ils devaient les nourrir était très-controversée parmi es légistes ; en fait, ils le faisaient ou ne le faisaient pas, mivant les lieux et d'après les conventions. Ils se munissaient d'armes, s'entretenaient de bois et d'éclairage, mais quelquefois seulement par moitié. Ils étaient en outre, nous l'avons dit, contraints de bâtir et entretenir les forlifications, curer les fossés, etc. (1)...
Les seigneurs s'étant emparés de tout ce qui était sur la terre et sous le ciel, les serfs se trouvèrent réduits à l'impossibilité la plus absolue de vivre autrement qu'à leur merci. La royauté alors, voyant que tout allait périr avec la race des agriculteurs, établit en tous lieux, dans un intérêt public, des fours, pressoirs et moulins banaux, moulins à blés, à drap, à écorce, à broyer le chanvre. Mais elle avait compté sans les seigneurs, qui s'emparèrent des banalités comme de tout le reste (2) : serfs et vilains se trouvèrent astreints à moudre au moulin du seigneur, à cuire à 8on four, à presser à son pressoir, et toujours il restait une nofablfi partie — quelquefois jusqu'au tiers (3) — de leur blé au moulin, de leur farine au four, de leur vin au pressoir. Ils furent obligés, plus tard, d'acheter la. permission de moudre ce blé qu'ils semaient, et de manger en entier ce pain qui était tant de fois à eux ; le ban fut remplacé par un
(1) Bouhier, sur Bourgogne, I, 8i3-865.
(2) Guyot, Traités des fiefs, I, 341-343.
(3) Léop. Delisle, Condit. de la classe agric. en Nornnandve^ ^^^\
278 HISTOIRE DES PAYSAIHS.
cens nouveau (1), et il faut descendre jusqu'à Tanné pour trouver une ordonnance qui défende au seignei sujettir les hommes de ses domaines à la banalité, $ sont obligés par titres et inféodation (2).
« Moultes, fournages, pressouérages et corvées, vieux jurisconsulte angevin (3), sont quatre sortes d( tudes que les seigneurs ont et exercent sur leurs suje quelles le commencement a procédé d'autorité ou c sion, quelquefois par paclion, et aucunes fois reç établies parles coutumes. y>
« Tous ces droits ont paru fort odieux », décide 1( mentateur de la coutume de Normandie (Basnage, I Aussi Denys du Pont, Dumoulin, Valin, tous les ju suites, tous les feudistes sont-ils unanimes à flétrir la lité du nom d'usurpation révoltante. C'est pour cela ne pouvait s'établir sans titres ni se prescrire, mêi cent ans, au profit du seigneur, tandis que les ten s'en affranchissaient par trente ans de non-usage, les seigneurs laïcs, et par quarante ans seulement l'Église (4). Tant il est vrai que le joug de celleplus pesant encore que l'autre.
« Le sieur Brussel, auditeur des comptes, dai Usage général des fiefs, des xi% xii% xiii° et xiV ! nous fait connaître, dit Guyot, que les hauts sei et à leur exemple leurs vassaux, étaient autant d( tyrans qui donnaient à leurs homtnes des lois qu avarice leur dictait. D'où l'on peut inférer que h miers titres de banalité de moulins, fours et pi n'ont été que la volonté dure et impérieuse de ceî
(1) Ofdon. d'avril 1307, art. 42.
(2) Charondas, Pandedes^ liv. II, ch. xvl. — Brodeau, sw Le M, n» 17.
(3) Dupineau, Coul. d*AnjoUy II, 23.
(4) Valin, 21, 26. — Duplessis, des Fiefs, liv. VIII, ch. il, -- Fréminvillc, Praliqtie des lernevs^W, m\\ \vi, 238. — Ou.