BANALITÉS
seigneurs, et une possession qui n'avait commencé que par la violence. »
Ne pourrons-nous donc remonter à l'origine d'aucune des possessions seigneuriales sans rencontrer la spoliation et le vol pour points de départ (1)?... *
La violence leur avait conquis la banalité, la violence dicta les conditions qui rendirent cette entrave encore plus gênante pour le paysan,^t firent de ce privilège usurpé l'une des sources les plus sûres de leurs revenus (2). Chaque moulin, four ou pressoir avait son ban, dont la circonscription s'étendait parfois jusqu'à cinq lieues (Guyot, 34-1), dislance énorme et presque infranchissable, si l'on songe aux périls de la locomotion à une époque où nobles et soldats étaient autant de bandits de grands chemins. Si, dans l'impossibilité de la franchir, le malheureux paysan avait recours à la fraude, le blé, la farine ou le vin, et souvent Jusqu'au cheval et à la charrette, étaient confisqués, sans préjudice d'une amende qui se partageait entre le moulin et le seigneur du coupable. Si le moulin du seigneur direct ûe se trouvait pas en état, les banniers étaient dans l'obligation d'aller à celui du seigneur supérieur, ordinairement f beaucoup plus éloigné, et en général ils devaient porter I em-mémes le blé au moulin, la farine au four, et venir y ^^ chercher le pain. (Valin, 14, 26.)
Lorsque le blé devait être emporté et consommé hors des limites du ban, on payait la monte sèche, par opposi- »&>n à la moute verte ou mouillée, qui se levait même sur ks avoines. (Basnage, I, 351 .) ** Les banniers étaient en outre astreints à toutes les corvées nécessitées par l'entretien des objets de la banalité H de leurs dépendances.
(1) « La plupart de nos auteurs regardent les droits de banalité ^mme un effet de la violence des seigneurs et de l'abus de leur au- ^Hté. » — Pocquet de Livonnière, Traité des fiefs^ liv. \l, ç.\\, n\,
(*) Lefnrand ù'Avssy, Vie privée des Français, ï, 0^,
La banalité du four disparut la première , il n'en restait plus que de faibles vestiijes en 1789, mais celle des moulins subsistait encore sur presque toutes les terres, et comme les seigneurs avaient maintenu les moutures anciennes, il en résultait que l'homme du plat pays payait la moitié plus qu'autrefois. (Legrand d'Aussy, 94.)
Le seigneur avait également la banalité de tor et ver, , c'est-à-dire le droit d'avoir seul un taureau et un verrat, qui lui rapportaient encore de gros bénéfices; « droit sale et ridicule », au dire de Brodeau et de Bouhier {Coût, du Maine et de Bourgog^ne), et non moins odieux que les autres, suivant Basnage {Normandie, I, 348). L'un des plus célèbres avocats du vu® siècle, le Maistre (Plaidoyer XX), jugeait et condamnait en ces termes l'origine des propriétés seigneuriales, et tous ces droits féodaux dont les maîtres vendaient ensuite à beaux deniers comptants l'exemption à leurs sujets opprimés : I
a II n'est point d'interprètes de nos coutumes qui ne | condamnent ces banalités, si odieuses parmi nous, parce qu'ils disent tous que ces droits ne procèdent que de la violence et de l'usurpation des seigneurs , qui durant les guerres ont abusé de leur pouvoir et de la faiblesse des paysans, les contraignant de passer des contrats avec eux, par lesquels ils s'obligeaient à des contributions, à des corvées, à n'aller moudre qu'à leurs moulins, et à ne cuire quà leurs fours. Jusque-là même qu'on a vu, dit Pithou, sur lu Coutume de Troyes (art. 4), et Bacquet, en son TraUédes; Droits de justice (ch. 29), des villages pillés par des soldats, que les seigneurs y envoyaient pour se venger de la résistance que les habitants avaient faite à ces sortes d'oppressions...
» Aussi Bacquet a-t-il sagement remarqué qu'il ne se trouve presque point de seigneurs qui puissent montrer un contrat qu'ils aient passé avec leurs sujets, pour ces droits de corvées et de banalités...
:^ Vous voyez, mess\e\)LTç>, c^^ \wx% K^ docienrs disent