‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 75 sur 145 · LE DROIT DE PRISE · texte numérisé non relu

LE DROIT DE PRISE

verger, qui se trouvaient à leur tour dépouillés en un tour de main (1).

Après les rois, les seigneurs suzerains et leur parentage, venaient les vassaux et tous les gens de leur suite, lesquels, grâce à l'effroi qu'inspirait le nom du maître, usurpaient à leur proDt particulier, à défaut de jouissance légale, ce droit dévastateur de prise et de repue, qui, comme poiir rendre l'usurpation plus facile, était tantôt personnel, tantôt pour la suite, tantôt même pour les animaux de l'écurie et du chenil (2). Tous ces devoirs étaient réitérables et pouvaient se renouveler jusqu'à trois fois dans la même année.

Lorsque des seigneurs limitrophes avaient entre eux d'amicales relations, ils étaient dans l'habitude de s'accorder réciproquement, pour le cas où eux et leurs officiers auraient à chevaucher par les pays les uns des autres, la faculté de prendre sur la campagne tous les vivres et fourrages dont leur suite avait besoin (3). La paix même des châtelains entre eux pouvait devenir fatale à leurs hommes. Les seigneurs subalternes n'étaient guère moins exigeants que leurs suzerains (4), ainsi que le prouve le titre suivant, du xiv° siècle :

ï Le fermier du Lude, homme de foy, doit querre quand monseigneur vient au Lude, coeltes et tables, escuelles, tranchouères et verres, et doit querre chez les bourgeois du ^hâtel pelles, trepiez, pichez, formes, et doit querre pailles chez les paysans dehors, et doit querre au chapelain et au portier de monseigneur deux paires de draps, et doit gar- . der la garenne des lapins et connins (lapins). Et est tenu de

(1) Ordonnances du Louvre, IV, 394-. — Pour donner une idée du peu d'efficacité des ordonnances, je dirai que depuis cent ans les rois ^défendaient à leurs preneurs d'enlever les matelas et couvertures des ^»ts : Jean II, 1351 ; Philippe de Valois, 1345; Louis le Hutin, 1315; Louis IX, 1265...

(2) D. Plancher, Bourgogne, I,' 265, 267, 282; II, 9, 15... (5) I>. Calmet, Hist. de Lorraine, III, 604.

(*) Oriionn. du Louvre, XVI, préface, p. cvij; p. ^b^, cVg.

semondre les pescheurs alors pescher pour monseigneur ou à son commandement et de garder les chemins, et doit ' (semondre Téchauguette de la ville quand mestier besoin) sera, et de aler o (avec) eulx, lui ou son sergent, et devoir crier les bans quand justice le commande. Et doit alors semondre les bourgeois de faire la taille, lui ou son sergent, les prévôsts ou leurs commandements d'aler cueillir la taille, et doit aler o eulx et doit garder les prinsons et prendre les larrons ou faire pendre ou couper les pies ou les oreilles, et semondre les quintaines (1), et tailler les mesures à vin delà ville et delà chatellenie... »

Comme toutes les fournitures des armées de terre et de mer se faisaient également au moyen de ces prises (2), on peut dire que ce droit c'était le vol organisé et le pillage poussé à ses plus extrêmes limites. La corvée prenait le temps du paysan, la taille prenait son argent, la dîme, et mille droits divers dont je détaillerai les principaux, prenaient par ailleurs tout ce qu'il pouvait acquérir ; le droit de prise enlevait jusqu'au pauvre mobilier de sa cabane. Que lui laissait-on, sinon la misère, les angoisses et les affres d'un lent trépassement qu'il ne pouvait pas même attendre chez lui, car ce n'est pas tout encore, on ne lui abandonnait pas même les quatre murs dépouillés de sa chaumière pour y abriter son corps endolori. Comme corollaire et complément du droit de prise, il y avait le droit de gîte, soit pour les rois et les seigneurs, soit pour les gens de leur suite, qui s'établissaient sans façon sous le toit des vilains, « en délogeant eux et leurs bêtes (ordon. de fév. 1404) », et en les jetant dehors pour prendre leur place. Cette tyrannie nouvelle, source de tant d'abus, née de l'usurpation, comme toutes les redevances féodales (3),

(1) Jeux imposés aux paysans pour divertir leurs seigneurs.

(2) Ordonn. du Louvre^ V, 455, 658, etc.

(3j Charte d'un vidame de Chartres au xii® siècle : Pravas oonnifttulines quas in terra Sancti-Pelri... t\jranmcd invamne QÏbtiMmenm^

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