‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 83 sur 145 · TRAFIC DES CHOSES SAINTES · texte numérisé non relu

TRAFIC DES CHOSES SAINTES

3oint comme sur tous les autres, Tusage et la jurisprudence variaient à l'infini, selon les temps et les lieux. C'est ainsi c[ue Papon {Arr. notables, liv. X, tit. m, n° 8) cite un arrêt lu 25 septembre 1552 contre les religieux de Saint-Étienne, qui prétendaient avoir le droit de prendre « un plat de poty, un de bouilli, un quart de vin et un pain de quatre livres sur ceux qui se mariaient », et Fléchier nous montre cette exaction encore scrupuleusement acquittée dans TAuvwgne en 1665. (P. 225.)

Les cérémonies funéraires, comme celles de l'hymen, étaient l'occasion d'un repas entre les parents et les invités : on dut également au curé le plat de funérailles (1).

L'Église ne - laissait pas même à ce pauvre déshérité de la terre le lit sur lequel il mourait; elle ne lui accordait pas la place de son cadavre dans le sein de la mère commune. Dans quelques paroisses, le lit du mort appartenait à VÉglise (2), et dans d'autres il fallait acquitter le droit de tombe pour être enseveli dans le cimetière (3). Sur les domaines du diocèse de Soissons, l'archidiacre de la Rivière avait tous les meubles de l'homme qui mourait à l'hôpital (4). Dans le Berry, le seigneur de Déols, donna, en 1215, au chapitre de Levroux tous les hommes et femmes qui étaient ou seraient atteints du mal Saint-Sylvain — ignis gehennalis — et qui seraient reçus à l'hôpital de cette communauté, et une charte de 1220 chargeait le représentant du chapitre, lorsqu'un des hommes de l'Église , ^"jet au droit de mortiole, venait à mourir, de s'emparer "^tous ses biens meubles et immeubles.

^^ la maladie clouait le vilain sur son lit de douleur, le '^Ciis laijj lui apportait les quatre croix de bois des ma-

'^^ X>om Câlmet, Hist. de Lorraine^ II, preuves, 276, note. ^ ^^om Vaissette, Hist. du Languedoc, liv. XXVÏ, p. 533. — Ordon. ^^i 1391, art. 50.

^ -^^isU du dioc. de Paris, paroisse de Villebon. ^^ cm Carlier, fffsf. des Valoir.

aoa HISTOIRE DES PAYSANS.

lades, et il payait quatre droits; si sa femme devenait mère, le même personnage lui apportait la croix des accouchées, et il payait encore (1).

On acquittait une rétribution particulière pour les enfants décédés dans les huit premiers jours après leur naissance, afin que le clergé les enterrât revêtus d'une robe blanche (2).

Toute maladie, comme toute mort subite, était un châtiment de Dieu dont, on apaisait la colère au moyen de libéralités faites à ses serviteurs. Plus le mal était imaginaire, et plus la guérison était refîet d'un miracle obtenu grâce aux prières des ecclésiastiques, et le carlulaire de l'abbaye de Saint-Florent, près Saumur (pièce CLXII), nous offre l'exemple d'un berger démoniaque nommé Bernard, qui donna aux moines un morceau de vigne en reconnaissance de sa guérison obtenue par l'intercession du saint patron du moutier.

a Quoiqu'il la plupart des cures fussent attachés des revenus, dit l'auteur de YHistoire de Parts, ceux qui les desservaient ne laissaient pas d'exiger de leurs paroissiens le prix de tous les actes, cérémonies, sacrements prescrits par l'Église, et de beaucoup d'autres qu'elle ne prescrivait pas, tels que les baptêmes, la communion, là confession, la pénitence, les fiançailles, les mariages, l'extrême-onction, les enterrements; puis, dans le cours de la vie, on payait encore les offrandes à la messe, les offrandes des premiers fruits, les offrandes des premiers-nés des animaux domestiques, les dîmes, la bénédiction du lit nuptial et cell^ des nouveaux mariés, le lendemain de leurs noces; la bénédiction des champs, des jardins, des puits, des fontaines, des maisons nouvellement construites; la bénédiction d^ la besace du voyageur; la bénédiction des raisins, des fèves;

(1) Monteil, Hist, des Français des divers états. II, 38.

(2) D. Calmet, Hist. de Lorraine, W^^x^xwt?.^ 11^

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