‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 91 sur 145 · RÉACTION · texte numérisé non relu

RÉACTION

lC. Les autorités reviennent de leur surprise, on ferme portes, et on jette en prison tout ce qu'on peut prendre calvinistes. « Le lieutenant général se transporta au irché, et fit main basse sur les femmes de ceux qui s'éent enfuis. Quelques-unes d'entre elles furent violées, et i en poignarda vingt-cinq. y> Quant à ceux que l'on avait tés dans les prisons, on les appelait à leur tour, on les sommait, et on se livrait sur leurs cadavres à d'horribles et décentes mutilations. On en tua soixante-dix ce jour-là. 3 26 août, après la réception d'une seconde lettre du roi, li venait appuyer la première, écrite le 24 par Catherine, 3UX cents réformés furent encore massacrés par une bande irieuse guidée par le procureur du roi en personne (1). om Duplessis raconte toutes ces scènes froidement, sans motion, sans y ajouter le plus léger blâme. Le souvenir ne en dresse pas terrible comme celui du siège de 1358, iiquel les Jacques restèrent étrangers, et qui contribua our la meilleure part à déshonorer la jacquerie. Heureuses les villes de pouvoir commettre tant de crimes mtla honte ne rejaillit que sur les campagne^ ! Vingt-cinq mmes violées et égorgées, soixante-dix hommes massacrés, mt cadavres en un seul jour, massacrés à froid, insultés et Sshonorés jusque dans la mort, cela, pour un écrivain relieux, n'est rien dès que les assassins sont des soldats, des mrgeois et des gentilshommes, et les assassinés des hérélues. Mais si c'est le paysan qui, à bout de patience etsouvé par la royauté, porte la main sur son seigneur et aître, ou même si on la porte à côté de lui sans qu'il y ait irt, c'est un chien enragé qu'il faut lier dans un sac et ter à l'eau au plus vite.

0 l'admirable poëme que cette fable de la Fontaine : Les \maux malades de la peste f Pauvre, pauvre maître Aliroii!...

/; ^ém. de l'État de France, f^ 236.

;J50 HISTOIRE DKS PAYSANS.

Toute révolution avortée met une arme terrible entre les mains du parti vainqueur. Les nobles avaient eu peur, ils avaient tremblé et pâli devant Jacques Bonhomme, et il nV a rien d'implacable comme ceux qui ont eu peur et qui redeviennent les plus forts. Que pouvait le bonnet de laine contre le casque de fer? Que pouvaient des paysans nus et à pied contre ces centaures de bronze? Que pouvaient les bâtons ferrés, les faux et les fourches contre ces hommes à la poitrine cuirassée d'un triple airain, tandis qu'ils n'opposaient qu'une veste de bure à la lance de ces chevaliers qui se fatiguaient, invulnérables, à les abattre autour de leurs robustes destriers?

Une fois dispersés et rentrés chez eux, les paysans retombèrent à la merci de leurs maîtres irrités. Toute énergie les abandonna en même temps que grandit la fureur des gentilshommes. On a flétri la jacquerie, mais on s'est bien gardé de raconter la contre-jacquerie, mille fois plus riche en forfaits hideux. Ainsi, à Meaux même, € tout était terminé, lorsque, ivres de sang et avides de pillage, les vainqueurs mirent les maisons à sac et même les é^s, couvrant ces horribles dilapidations d'un incendie qui dura quinze jours et qui consuma la ville entière (1). »

Dans la lettre qu'il écrivait aux bonnes villes de France et de Flandre, en date du 11 juillet 1358, Etienne Marcel, le célèbre prévôt des marchands de Paris, désavoua, il est vrai, les Jacques abattus, après s'être appuyé sur eux alors qu'ils pouvaient fournir à la bourgeoisie un appoint consi- ^^ dérable. Mais il flétrissait en même temps en termes éne^ giques cette sauvage réaction nobiliaire, désormais aussi lâche que criminelle, puisqu'il n'y avait plus de résistance nulle part : ^ Les nobles, dit-il, sont venus en deçà de la Somme et de l'Oise, pour tuer et voler sans faire distinGtioalK des coupables et de ceux qui ne l'étaient pas, des bon8el|vj

(i) Perrens, Etienne Marcel, 1^^.

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