‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 93 sur 145 · LE GRAND FERRÉ · texte numérisé non relu

LE GRAND FERRÉ

précipite au plus épais des bataillons anglais, et chaque fois que sa hache terrible s'abattait, un homme tombait. Â lui seul il en tua quarante-cinq, parmi lesquels se trouvait le porte-bannière. Les Anglais s'enfuient épouvantés. Au nombre de ceux qui restaient sur le champ de bataille il y avait des nobles anglais, qui offrent une riche rançon pour se racheter. Mais nos héros savent ce que les rançons des chevaliers coûtent au peuple de larmes, de sueurs et de sang. Ils ont pitié de leurs frères les vilains d'Angleterre, et tuent les gentilshommes. Puis ils confient à la terre les restes de Guillaume, désolés et pleurants, parce que c'était un homme de bien et sage.

Quelques jours plus tard, après un nouveau succès contre les Anglais, le grand Ferré rentre chez lui, sa journée faite; mais, échauffé par la bataille, il avale un grand verre d'eau froide, la boisson du pauvre. Qu'est-ce donc que l'homme, ô mon Dieu, et que vaut à tes yeux le meilleur d'entre eux, puisqu'il suffit de cela pour chasser une belle âme d'un corps qui semblait indomptable ? Un frisson mortel le saisit, U se couche, sa hache au chevet de son lit. Les Anglais apprennent la fatale nouvelle, le grand Ferré va mourir ! Mais sa mort ne leur suffit pas, il leur faut la vengeance, il faut qu'il tombe sous leurs coups. Comme il est expirant, Us n'envoient que douze d'entre eux pour l'assassiner. La Temme du moribond veille à ses côtés, elle les aperçoit : it Ah ! mon pauvre grand Ferré, s'écrie-t-elle, voilà les Ainglais qui viennent pour te tuer! » Il s'élance de son lit, Saisit sa hache, tombe sur les assassins, et sur douze en tue cinq : les sept autres prennent la fuite. Le héros boit encore de l'eau froide et se couche, mais cette fois pour ne plus se relever. La fièvre augmente, il meurt en chrétien, et sort du siècle, pleuré de tous les paysans, car s'il eût i^écu, jamais les Anglais n'eussent approché du village (1).

(1) Conlin. de Nangis, Spidleg., p. 123-1Î4. — Ti. Ç»«s\\w^ YV\&\, iu Valois.

Relève la tète, sublime Jacques Bonhomme, et pour un moment porte haut ton front éternellement courbé, toi qui souffletas sur les deux joues FAngleterre alors que la noblesse ne savait plus que fuir ! Sois fier, toi qui seul ne désespéras pas de la France alors que les gentilshommes la volaient et la dévastaient, toi qui bientôt vas mettre à la tète de cette noblesse qui doit la trahir, l'ange sauveur de la patrie, cette autre vierge de Dieu, Jeanne la Pucelle, la grande pastoure, la paysanne inspirée !

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