‹ Histoire des paysans (volume 4)Chapitre 98 sur 145 · EFFORTS DE CHARLES Y · texte numérisé non relu

EFFORTS DE CHARLES Y

Du reste, si Ton veut avoir la mesure de la sympathie que le peuple rencontrait chez les princes, même les meilleurs, on peut consulter le récit que fait le sire d'Oronville, biographe du duc de Bourbon, de l'un des plus beaux traits de la vie de son héros le bon duc Lmiis Ily comme rappelle un historien du Bourbonnais (1). Il était allé passer sept années en Angleterre, comme otage du roi Jean, son neveu. Le roi mort, il se raclieta au prix de 140,000 francs d'or, (c lesquels ses pays de Bourbonnais et de Beauvoisis payèrent comptant ». Pendant cette absence de sept années, ses vassaux et ses officiers s'en étaient donné à cœur joie, volant et massacrant le bonhomme, à donner envie aux Anglais eux-mêmes. Alors Huguenin Chauveau, grand procureur du Bourbonnais, ne pouvant s'opposer à leurs déportements, travailla à venger le peuple, et pendant ces sept années il rédigea le volumineux j^ournal des méfaits de la noblesse de la province. Le duc, à son retour dans ses États, vint à Moulins demander l'hospitalité à messire Huguenin Chauveau, qui lui offrit son livre, qu'il avait appelé le PelouXy comme les plus précieuses étrennes qu'un sujet dévoué pût offrir à un bon prince. C'était tout justement le 1®' janvier 1364.

« Hôte, répondit le duc, vous avez mis longue élude et grande peine, pendant sept ans, à défaire ma chevalerie et la noblesse de mon pays. Vous avez fait œuvre de mauvais vilain, et bien ressemblez la nature dont vous êtes issu. > Puis il jeta lé livre Peloux au feu, sans l'ouvrir, beau trait dont <c la renommée en dura tant qu'il vécut, et en durera cent ans après sa mort (2) ».

Oh ! si dans chaque province et dans chaque siècle, les chefs de la justice eussent rédigé un livre Peloux et dressé le registre des faits et des gestes de sgentilshommes !... Mais dans ces temps misérables où le peuple était compté pour

(1) BiUissîer, Voyage pittoresque en Bourbonnais,

(2)- Jean Cabaret d'OronviJIe, Chronique de Louis de Bout\)Otv, NR^.

rien, où la boui^eoîsîe elle-même existait à peine et où la possession d'un manuscrit était un luxe qui n'était permis qu'aux grands seigneurs, les chroniqueurs écrivaient au point de vue des châtelains, qui seuls les lisaient et les payaient.

Plus sévère pour les ennemis du dehors, ce duc Louis guerroyait vaillamment contre les Anglais « qui détroussaient le pays et faisaient moult de maux » en Anjou, daus le Berry et l'Orléanais, et lorsqu'il avait échelle leurs citadelles, il faisait c de grosses charbonnées » des places fortes — et aussi de leurs garnisons.

Malgré ces succès partiels, l'Anglais, exaspéré par ses défaites mêmes, n'en continuait pas moins à faire plus que jamais aux campagnes une guerre d'extermination, promenant en tous lieux ses troupes «c courtoisement, à petites journées et à grands dépens , à raison de deux ou trois lieues par jour au plus, sans se trop lasser ni travailler >. Menacées dans leur existence par cette ruine absolue des ahaniers, les cités veulent racheter du pillage le plat pays qui les fait vivre : « Combien, leur demande Robert Knowles, donnerez-vous en purs deniers pour ce pays de ci environ, et nous le respiterons d'ardoir et courir vilainement? :» Mais Edouard III, moins avide de contributions que désireux d'abaisser la France, reproche à son capitaine d'avoir mal fait sa besogne et lui interdit d'accepter de telles compositions. (Froissart, 1370.)

La noble France avait cessé d'être une patrie : tel château était anglais, tel autre, qui le touchait, était français : état sans exemple et sans nom qui faisait du royaume tout entier une Babel sanglante.

€ Ainsi les choses étaient entouillées, et les chevaliers et les seigneurs l'un contre l'autre ; et y foulait le fort et le faible, ni on n'y faisait droit, ni loi ni raison à nullui; et étaient les villes et les châteaux entrelacés les uns dedans les autres, les uns Anglais ^V \fes axsAxes Français qui cou-

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