‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 100 sur 225 · LA TAILLE · texte numérisé non relu

LA TAILLE

incultes, on en concédait certaines portions à des laboureurs, à charge de cens. Ne pouvant exploiter la terre, qui ne rendait rien, les usurpateurs du sol exploitaient le travail de l'homme. On attirait ainsi sur les domaines, grâce à d'apparentes libéralités, les émigrants de pays plus malheureux encore, et par ce moyen on gagnait des sujets et des rentes à la fois (1).

Il arrivait fréquemment que le bailleur se réservait la faculté de doubler, de tripler même cette redevance, ce qui prenait le nom de sur-cens. Ainsi, les moines de l'abbaye de Saint- Victor exigeaient double droit de leurs tenanciers dans trois circonstances : si le roi y prenait gîte, si l'évêque venait les visiter, et si le feu dévorait des bâtiments.

Cens, censives, rentes foncières, rentes seigneuriales, ces diverses expressions sont à peu près synonymes et indifféremment employées par les jurisconsultes.

« Cens n'est quérable, mais rendable et portable, » dit Loisel en ses Institutes. Du reste, à moins de stipulations contraires, il en était de même des autres devoirs seigneuriaux.

Quand vous trouverez quelque adoucissement aux principes adoptés par les seigneurs, soyez sûrs qu'il n'y a point là de libéralité gratuite; toute amélioration dans le sort des villageois, toute concession est, soit payée en nature, soit récompense de grands travaux exécutés. Les vilains des bords de la Loire, par exemple, au lieu de porter leurs cens, dîmes, terrages et redevances jusqu'au manoir seigneurial, les déposaient dans de vastes granges destinées à cet usage, et qui ont donné leurs noms à certains villages, — la Grand'- Dîme, la Grange de Cunault, en face de l'église bâtie par

il) Titre du xiue siècle : a Ego Theodorieus, Dei gratiâ Flandriie cornes, et Philippus una ûlius meus, solitudinem Reningiensem victui nostro specialtter députantes, sub annuali censu agrkolis colendam donavimus. » — (Jrdoun.

Page 1