EXEMPTIONS DANS LES VILLES
Onéreuse par elle-même, la taille l'était surtout par les exactions auxquelles elle servait de prétexte. Ainsi, en 1397, le comte de Nevers, fils du duc de Bourgogne, ayant été pris par Bajazet, qui demanda deux cent mille ducats de rançon, le duc, spéculant sur la captivité de son fils, leva plus du double de cette somme, et profita du surplus.
Non-seulement on eut l'art d'ajouter, à différentes reprises, des accessoires à la taille, comme taillon, crues, ustensiles, etc., mais elle se divisait elle-même et se subdivisait à l'infini , prenant divers noms et diverses qualités pour atteindre le vilain dans toutes les parties de sa chétive propriété. Il y avait, par exemple : la taille coutumière, la plus habituelle, qu'en vertu de certains usages, on acquittait à des époques fixes de l'année; la taille du pain et du vin, souvent très préjudiciable aux manants, comme toutes les redevances en nature, parce que les accenseurs les laissaient s'accumuler, et exigeaient rigoureusement les arrérages dans les années de cherté (Chabrol, 11, 772); la taille de poursuite, qui frappait le mainmortable quelque part qu'il se retirât; la taille domiciliaire ou personnelle, payée au lieu du domicile ; la taille franche ou libre, bien que personnelle, qui ne rendait point serve la personne qui l'acquittait ; la taille mor taille, qui se levait seulement au décès du serf sur les biens qu'il laissait, qu'il eût ou non des enfants, etc..
On ne comprendrait pas combieft le fardeau de la taille était écrasant pour le peuple des campagnes, si l'on ignorait jusqu'où s'étendirent peu à peu les privilèges de l'exemption. Les temps n'étaient plus, où l'Église tenait à honneur de rendre à César ce qui appartient à César, et d'acquitter toujours et avant tout le cens et les impôts (1). Dans une société mal faite, la richesse fait la puissance, et la puissance fait
(1) « lllud etiam studio nobis est ut vectigalia et census primi omnium pendamus, quemadmoduni ab eo sumus instiluti. » — Saint Justin, Apolog. I, n°17.