GUET ET GARDE
« Tout homme tenant servement un héritage, ou mortaillablement, doit faire par chaque semaine à son seigneur le ban ou arban, c'est-à-dire une corvée à bras du métier qu'il sait faire ; et s'il fait arban avec deux bœufs, il en vaut deux; si avec deux bœufs et charrette, il en vaut trois ; et s'il le fait avec quatre bœufs, l'arban en vaut et est compté pour quatre ; sinon qu'il y ait usance ou convenance du contraire, par laquelle il en doive moins.
» Outre, est tenu tout homme qui tient héritage serf ou mortaillable, s'il a bœufs, la plupart de l'an à aider à son seigneur d'une paire de bœufs ou d'une charrette, s'il Ta, au choix du seigneur, pour aller au vin ou vignoble, le plus aisé ou convenable pour le seigneur et pour le dit homme... »
Mais ce n'est pas tout encore, il faut ajouter à tout cela la part de l'arbitraire, et le commentateur de la coutume de la Marche nous apprend que les châtelains « trouvaient moyen d'abuser même sur ces dures conditions ! »
Lorsque le malheureux paysan avait ainsi donné environ deux journées de son travail par chaque semaine ; qu'il avait chômé les cinquante-deux dimanches et ces fêtes sans nombre si lucratives pour le clergé qui les imposait; qu'il avait fait les battues aux loups, travaillé aux routes, etc., etc., que lui restait-il pour acquitter la taille et tous les devoirs, et tous les impôts, et pour nourrir sa famille? Hélas! ce qui lui restait, nous le trouvons exprimé dans cette singulière requête que reçut un jour l'empereur, qui, en 1773, parcourait ses États sans pompe :
« Très gracieux, très compatissant empereur, quatre journées de corvée par semaine, la cinquième à la pêche, la sixième il faut suivre le seigneur à la chasse, le septième est consacré à Dieu. Jugez, empereur très magnanime, s'il nous est possible de payer les impôts et la taille {E7icyclopédiey art* Corvées). »
En sus des corvées seigneuriales, les gouverneurs des pro-