‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 106 sur 225 · GUET ET GARDE · texte numérisé non relu

GUET ET GARDE

vinces en exigeaient des paysans pour la réparation des villes, des places fortes et des forteresses. Victimes des rivalités des provinces et des luttes des cités, qui vidaient leurs querelles aux dépens de leurs récoltes, ils devaient encore perdre leur temps à fortifier les citadelles de leurs tyrans. Des ordonnances de Louis XII (nov. 1508), et de Louis XIII (1629) tentèrent de protéger les campagnards contre ce nouvel abus.

Le manant doit en outre travailler aux fortifications que font les seigneurs à leurs maisons ou châteaux, lorsqu'il y est obligé par les inféodations, et môme sans cette condition, si ces travaux sont exécutés en tomps de guerre.

Le repaire du maître, bâti par le sujet, était gardé et défendujpar ce dernier, et en dehors de la corvée, il y avait le guet, qui ne se confondait pas avec elle, bien qu'il ne fût qu'une autre manière de prendre le temps du paysan.

Aux époques de trouble et de guerre, les manants abandonnaient au fer et à la flamme les faibles habitations qui ne pouvaient les protéger, pour se réfugier derrière les murailles du donjon seigneurial. Mais le baron, qui prenait si souvent sans rien rendre, ne pouvait, dans l'espèce, donner asile et protection sans se faire grassement payer. En conséquence donc de cette faculté accordée à tous ceux qui étaient assez voisins pour qu'ils pussent s'y retraire avec leurs meubles, ils devaient entretenir les portes extérieures et subir la servitude personnelle de la guette et de Yéchauguette (1), quand même ce droit n'était pas porté aux inféodations (2). Il en fut de cette redevance comme de toutes les autres : aux jours du péril commun, serfs et châtelains se réunissaient contre l'ennemi, ceux-ci donnant leurs murailles

(1) Gayta et eschalgayia, de chai, galerie, eschaffaud. Je connais, non loin de chez moi, au milieu d'une vaste et riche plaine nommée Bataillé, un moulin qui porte le nom de moulin d Échauguetle. Ces noms sont significatifs : on se tuait, jadis, là où, aujourd'hui, germe la vie.

(2) Masuer, au lit. des Tailles, art. 38, nomb. 18.

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