‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 107 sur 225 · A8 GUET ET GARDE · texte numérisé non relu

A8 GUET ET GARDE

qui couronnaient le rocher inaccessible, ceux-là donnant le secours de leurs bras pour faire pleuvoir à travers les mâchicoulis des tours les pierres et l'huile bouillante sur la tête des assaillants. De ce mutuel service, les barons firent naître une servitude rigoureuse, à discrétion tout d'abord, comme toujours , et qui peu à peu se renferma dans des limites plus modestes, mais cependant féconde en abus (1), dont l'un des plus graves était de forcer en temps de paix leurs hommes à venir sans nécessité faire le guet chez eux, afin de les obliger de se racheter de cette servitude, qu'ils convertissaient en droit de guetlage (Ordon. d'Orléans, 1560).

Nous savons que toute exaction en enfantait une autre. Les forteresses seigneuriales ayant disparu avec la féodalité, le guet eût dû disparaître en môme temps , faute d'objet. 11 demeura cependant, grâce à cette conversion en redevance pécuniaire, et tomba même en arrérage, ce qui était contraire aux habitudes de la corvée (2). Une ordonnance de Louis XI, du 20 avril 1479, reconnaît le guet comme droit de châtellenie, ordinaire et annuel, autorise les seigneurs et leurs officiers à l'exiger même en temps de paix, et à l'abonner en argent; seulement il le modère a trois sols par habitant. Le parlement de Paris en ayant refusé l'enregistrement, Char-

(1) Voy. les articles 36 et 37 de l'ordonnance du 2 novembre 1439. Celle du 1er décembre U.*>1 ne fait guère qu'en reproduire les termes :

« A l'occasion des guerres, plusieurs seigneurs, capitaines, châtelains et gardes des villes, châteaux et forteresses, contraignent les habitants des châtelienies et seigneuries à guet et garde de jour et de nuit plus qu'ils ne doivent. Ils condamnent et font exécuter grasses amendes, ou composent à 20 ou 30 sols par an, ou plus, avec foins, avoines, blés, vins, vivres, poulailles et autres choses, et exécutent rigoureusement les récalcitrants par emprisonnement, prise de biens et autrement... »

Elle réduit cette servitude à une garde par mois pour ceux qui sont sur la frontière, ou dans les lieux exposés à l'attaque, et À 6 deniers tournois par défaut.

(2) Arrêts de 1690 et 30 décembre 1697 du parlement de Bretagne.

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