‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 110 sur 225 · LES BANALITÉS · texte numérisé non relu

LES BANALITÉS

et il faut descendre jusqu'à Tannée 1629 pour trouver une ordonnance qui défende au seigneur d'assujettir les hommes de ses domaines à la banalité, s'ils n'y sont obligés par titres et inféodations (1).

« Le sieur Brussel, auditeur des comptes, dans son Usage général des fiefs, des xi% xu% xiii6 et xiv* siècles, nous fait connaître, dit Guyot, que les hauts seigneurs et à leur exemple leurs vassaux, étaient autant de petits tyrans qui donnaient à leurs hommes des lois que leur avarice leur dictait. D'où Ton peut inférer que les premiers titres de banalité de moulins, fours et pressoirs n'ont été que la volonté dure et impérieuse de ces hauts seigneurs, et une possession qui n'avait commencé que par la violence. »

Ne pourrons-nous donc remonter à l'origine d'aucune des possessions seigneuriales, sans rencontrer la spoliation et le vol pour points de départ (2)?...

La violence leur avait conquis la banalité, la violence dicta les conditions qui rendirent cette entrave encore plus gênante pour le paysan, et firent de ce privilège usurpé l'une des sources les plus sûres de leurs revenus (3). Chaque moulin, four ou pressoir avait son ban, dont la circonscription s'étendait parfois jusqu'à cinq lieues (Guyot, 341), distance énorme et presque infranchissable, si Ton songe aux périls de la locomotion à une époque où nobles et soldats étaient autant de bandits de grands chemins. Si, dans l'impossibilité de la

brier d'avoir un four en payant par an 10 sols de monnaie courante. — Ordonnance d'avril 1S07, art. 42.

(1) Chorondas, en ses Pandectes, iiv. II, chap. xvi ; — Brodeau, sur Loue!, lit. M, n° 17;— Baquet

(2) « Feudorum usu nondura reperto, sibi quisque privatim et familiœ moluit.» — D'Argentré, in prasf. ad lit. de Molelrin.

« La plupart de nos auteurs regardent les droits de banalité comme un effet de la violence des seigneurs et de l'abus de leur autorité. » — Pocquet de Livonnlére, Traité des fiefs, Iiv. VI, chap. vi.

(3) Legrand d'Aussy, fie privée des Français, I, 92.

Page 1