LES BANALITÉS
franchir, le malheureux paysan avait recours à la fraude, le hlé, la farine ou le vin, et souvent jusqu'au cheval et à la charrette, étaient confisqués, sans préjudice d'une amende qui se partageait entre le moulin et le seigneur du coupable.
Lorsque le blé devait être emporté et consommé hors du ban, on payait la moute sèche, par opposition à la moute mouillée.
Les hommes du ban étaient de plus astreints à toutes les corvées nécessitées par l'entretien des objets de la banalité et de leurs dépendances.
La banalité du four disparut la première, il n'en restait plus que de faibles vestiges en 1.789, mais celle des moulins subsistait encore sur presque toutes les terres, et comme les seigneurs avaient maintenu les moûtures anciennes, il en résultait que l'homme du plat pays payait la moitié plus qu'autrefois (Legrand d'Aussy, 94).
Le seigneur avait également la banalité de tor et ver, c'està-dire le droit d'avoir seul un taureau et un verrat, qui lui rapportaient encore de gros bénéfices : « usage, assure l'optimiste auteur de Y Histoire des classes agricoles, évidemment établi dans le but d'empêcher les races d'animaux de dégénérer (i). »
Tel n'était point l'avis de Brodeau ni de Bouhier, qui le déclarent sale et ridicule, et prétendent qu'il devait être abrogé (2).
Du reste, comme l'historien que je viens de nommer trouve l'établissement de toutes ces banalités seigneuriales parfaitement plausible, justifié même^ j'opposerai encore, à d'aussi
(1) Daroste de laChavanne, 187.
(2) Coui. du Maine; — Bouhier, Cout. de Bougogne.
« Après la banalité du moulin, les seigneurs voulurent avoir celle du Tour, du pressoir, du taureau, du verrat, et autres semblables. Tous ces droits ont paru fort odieux. » — « Inaudita barbarie prohibemus aliquid sibi molere vel coq uer e infelici rustico. » — Bald., sur le titre De servit, urban. prmd., aux Intitules. — Cout. de Normandie, 1, 348.