‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 116 sur 225 · PRISES ET SUR-PRISKS · texte numérisé non relu

PRISES ET SUR-PRISKS

saient à leurs portes et faisaient flotter au vent leurs lettres

patentes, laissant ainsi retomber tout le fardeau sur le plat pays, trop pauvre pour se racheter, ou trop faible pour faire respecter ses immunités si chèrement acquises.

Bien que toujours motivées sur l'excessive misère des habitants des bourgs, elles ne s'accordaient jamais, en effet, qu'à titre onéreux. On les reconnaît trop pauvres pour pouvoir être dépouillés, alors on leur vend l'exemption du pillage. On la leur vend, comme on leur a vendu la franchise, parce qu'on y trouve son avantage, parce qu'on préfère le fixe à l'éventuel, parce que le vide se fait autour des villes et résidences royales (Ordon. d'août 1367), ou que, par une nouvelle manière de faire la part du feu, on aime mieux recevoir moins que de ne plus rien recevoir du tout, pour cause d'extinction totale de la race agricole. Voyez, entre beaucoup d'autres, les lettres d'exemption accordées en avril 1375 aux habitants de la Chapelle-Saint-Denis. L'ordonnance royale constate qu'ils se plaignent avec raison de ce que « plusieurs grandes compagnies de gens d'armes, et par plusieurs fois, ont fait et tenu long et grand séjour en ladite ville, pris, mangé, bu, détruit et gâ té grande quantité de biens d'iceux supplians, et emmené, pris et pillé grande quantité de leurs chevaux dont ils dévoient et entendoient faire cultiver et labourer leurs terres arables, et en avoir et recueillir leur vie et petite chevance de leurs femmes et enfants... »

En présence de ce dépouillement absolu, la munificence royale leur accorde exemption du droit de prise moyennant vingt charretées de paille, rendables à Paris, ou à deux lieues de distance de cette ville.

Courtnuève et Crevecœur, près Saint-Denis, en paient également vingt charretées ; ceux du Bourget, trente et une, etc. (Ordon. d'av. 1374, — fév. 1375, etc.). Noisy, Bry-sur-Marne, convertissent pareillement en redevances annuelles le droit de prise, qui devient ainsi abonné, c'est-à -dire perpétuel.

Page 1