TUTELLE ET GARDE-NOBLE
les caisses de l'Etat par ces privilèges dont il n'avait jamais sa part(l)?
Le suzerain exerçait le droit de tutelle, ou garde-noble, sur tous les vassaux mineurs de sa mouvance. Il prenait en main l'administration du fief, avec tous ses revenus, de sorte qu'à sa majorité, le jeune seigneur n'avait rien et se trouvait dans la nécessité de dépouiller ses sujets, afin de se mettre en état de tenir son rang.
Le duc de Berry, l'un des oncles de Charles VI, eut la fantaisie d'épouser Jeanne de Boulogne, dont le brillant comte de Foix, Gaston Phœbus, avait la tutelle. La fiancée avait douze ans, le fiancé soixante : cinq fois son âge. Mais, non content de ce fameux sans dot de l'Avare, qui aplanit les difficultés et rapproche les âges, le comte, en homme avisé, exigea du duc un pot-de vin de trente mille francs : a Et tout payèrent les povres gens d'Auvergne et de la Languedoc, qui étaient taillés trois ou quatre fois l'an pour accomplir au duc ses folles dépenses (Froissart, I, 127). »
Les vilains ne pouvaient pas même nourrir l'espérance, si l'héritier du fief était une fille, de la voir renoncer au mariage, ce qui eût évité de lever la taille pour son hymen. Elle ne pouvait en effet refuser d'appartenir à l'un des trois barons que lui présentait son suzerain, qu'à la condition de payer à celuici une somme égale à celle qu'ils lui avaient offerte pour l'avoir pour femme (2), et, fille ou mariée, il fallait que ses tenanciers fissent les frais de sa virginité comme de son hymen.
(1) Exemples de ventes de ces exemptions aux villes : Ordonnances du Louvre, V, 314, 283, 287, 312, 321, 325, 332, 3%, 399, 400, 408, 488, 575, 700, 709; VI, 297, 300,403, 505, 693; VIII, 168, etc.
(2) Gulzot, Hist. de la civilisation en France, 9* leçon.
266 l'église au xiV siècle.