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CHAPITRE VII

L'Église au xiv* siècle. — Nouvelles exactions papales. — Jean XXII établit l'annate. Ses effets désastreux. — Tailles ecclésiastiques. — Pilleries sans nombre du clergé. — Les trois premières nuits de noces : révoltes à ce sujet. — Les curés afferment à des personnes indignes les revenus de leurs églises; les seigneurs élèvent des églises inutiles pour en affermer les produits i nouvelles révoltes des paysans.

« Tontce monde tonsuré croissait des bénédictions dn ciel et de la graisse do la terre. C'était un petit peuple heureux, olièse et reluisant, au milieu du grand peuple affamé, qui commençait à le regarder de travers. » Michelet, Hist. de France.

L'institution du Jubilé ouvrit le xiv« siècle : le pape promit la rémission de tous leurs péchés à tous ceux qui viendraient visiter pendant trente jours l'église des Apôtres, et comme chacun avait beaucoup à se faire pardonner, l'Europe entière afflua dans Rome et y laissa ses richesses. S'il faut en croire Villani, que ce spectacle impressionna si profondément, il n'y eut jamais dans la ville sainte moins de deux cent mille Romieux, ou Romipètes, — comme les appellent les chansons des troubadours, — sans compter ceux qui étaient sur

les routes, tant pour arriver que pour s'en retourner. Puis, au bout de l'an, la noblesse rentra dans ses domaines, la conscience et la bourse légères, aussi avide de charger et de remplir à nouveau l'une que l'autre. Ce fut, on peut le croire, besogne urgente et prestement accomplie.

Nous avons vu Boniface VIII et Philippe le Bel se disputer les deniers de la France : à l'avènement de Clément V, l'entente la plus cordiale se rétablit entre le roi et le pape; au lieu de se les disputer, ils se les partagèrent. Clément voulut venir se faire sacrer à Lyon (4314), il voulut qu'Avignon, « la ville sonnante, » fût désormais le siège de la papauté, imposant ainsi à la France une hospitalité ruineuse qui pesa sur elle jusqu'en 1377 : « Comme un baron faisant chevauchée autour de sa terre pour exercer son droit de gîte et de pour-

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voirie, Clément se mit à voyager à travers l'Église de France. De Lyon il s'achemina vers Bordeaux, mais par Maçon, Bourges et Limoges, afin de ravager plus de pays. Il allait, prenant et dévorant, d'évêché en évèché, avec une armée de

fainéants et de serviteurs. Partout où s'abattait cette nuée de.

sauterelles, la place demeurait nette (Michelet). »

Au dire des contemporains, la belle comtesse de Talleyrand coûtait plus à Clément V que la terre sainte, et quand elle avait une grâce à lui demander, elle cachait le placel dans son corsage, pour être certaine qu'il allât à son adresse (1). On vit, plus tard, tout le contraire sous Louis XIII.

A partir de cette cordiale entente du roi et du pape, ce fut entre eux un échange de gracieusetés dont le peuple faisait tous les frais. En 1325, Charles IV accorda au Saint-Père des subsides si considérables, que chaque bénéficier paya une année de son revenu. Le pape, en retour, octroya au roi de la lever pendant deux années des décimes sur le clergé. « Ainsj, dit le continuateur de Nangis, tandis que l'un tond la malheureuse Eglise, l'autre l'écorche ! »

A Clément V succéda, sous le nom de Jean XXII, Jacques d'Ossa, fils d'un savetier de Cahors, dont on put dire comme de Boniface VIII, qu'il se glissa au trûnc comme un renard, et qu'il régna comme un lion. Grâce à son livre des taxes de chancellerie romaine, que le Dictionnaire historique de Jacques Marchand n'hésite pas à signaler comme l'un des plus odieux et des plus détestables qui ait jamais été commis par la main d'un homme, les maîtres de la terre purent se livrer à l'égard de leurs sujets à toutes les fantaisies de leur tyrannie ingénieuse, certains d'acheter l'impunité dans la grande foire d'indulgences ouverte à Rome par la papauté. Mais la plus heureuse de toutes les inventions de Jean XXII fut celle des

(1) Pétrarque, dans ses lettres, fait un tableau hideux de la corruption qui régnait a Avignon. — Voy. TTgo Foscolo, Essais sur Pétrarque, p. 139 et sulv, de la traduction italienne.

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annales, qui fut pour lui une mine d'or non moins féconde que celle qu'avait découverte Boniface VIII dans le Jubilé. S'attribuant de sa pleine et infaillible autorité les revenus de toutes les prébendes, de tous les évêchés, de toutes les cures, de tous les bénéfices vacants (1), pour cause de mort, ou même par suite d'un simple changement de résidence (2), il commença, pour rendre l'annate aussi fructueuse que possible, par multiplier les offices canoniques, c'est-à-dire qu'il augmenta le nombre des exacteurs du peuple. Dans le seul évêché de Poitiers, il en tailla trois, et jusqu'à cinq dans celui de Toulouse (3). Dès qu'un évèque mourait dans l'un des sièges les plus importants, il appelait à le remplir, après l'avoir laissé quelque temps en vacance, un évêque de l'ordre immédiatement inférieur. Le nouveau titulaire laissait ainsi son ancien diocèse sujet au droit d'annate, et grâce à ce procédé ingénieux, il ne mourait pas un prélat en France que Jean n'en déplaçât sept ou huit ; il y avait donc sept ou huit diocèses dépouillés par le pape, jusqu'à ce qu'ils le fussent par leur nouveau pasteur, seigneur de domaines où il ne trouvait plus rien.

Le pape eut l'annate, le roi avait la régale, il y eut double régal pour les maîtres au milieu de l'appauvrissement toujours croissant du peuple.

A la mort de Jean XXII, en 1334, le trésor papal s'élevait à 124 millions de la monnaie actuelle, écrivait en 178â l'historien de la Provence, et à plus de 70 millions de vaisselle et de bijoux. La fortune des cardinaux n'était pas moins scandaleuse, et Hugues Rogier, frère de Clément VI, laissa après lui plus de quinze cent mille livres, presque tout en or.

La perception des dîmes était toujours poursuivie à outrance,

(1) Lelabourear, Hisl, de Charles /'I, p. 22.

(2) Claude Blondeau, Biblioih. canonique, I, 59. — Un arrêt d'avril 1553 s'opposa à ce qu'on levât l'annate sur les cures.

(3) Arcére, Hisl, de la Rochelle, I, 228. — Mézeray, VI, 265.

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