LA DÎME
la vie religieuse. Après de longues luîtes, après des alternatives de succès et de défaillances de part et d'autre, le pape fclément Vit prit en main la cause, et, en 1382, lança une bulle par laquelle, « pour bonnes et valables raisons, » il s'adjugea à lui-même les sommes dues par les habitants à Tévèque et aux curés de la province : #
« Messieurs, l'huître était bonne : allez, vivez en paix ! »
Mais comme, dans l'espèce, les plaideurs n'avaient pas même obtenu la moindre écaille de consolation, le ressouvenir de l'huître ainsi avalée sous leurs yeux entretint leur animosité avec leurs regrets, et ce ne fut qu'en 1403, c'està-dire après tout un siècle de tiraillements et de difficultés, que l'affaire fut terminée et que le clergé put amener les habitants des villages à supporter cette nouvelle exaction (1).
Les ecclésiastiques levaient en outre sur leurs hommes la lailtc aux quatre cas dans les circonstances suivantes : quand il fallait marcher pour le service du roi, lorsque le pape exigeait un subside, lorsqu'ils avaient à soutenir des guerres particulières, et lorsqu'ils devaient acquérir quelque nouveau domaine. On s'arrangeait sans doute pour que l'un de ces cas se présentât chaque année, car nous voyons en 1185 les habitants du Laonnais consentir à payer à l'évêque une somme annuelle fixe pour la taille. Elle devint abonnée, comme la taille laïque, et passa à l'état d'impôt perpétuel et régulier.
Lorsqu'ils donnaient aux monastères des métairies de quelque importance, les nobles sires mettaient pour condition qu'à certains jours de l'année ils y seraient hébergés avec toute leur suite, et qu'ils mangeraient à la table de l'abbé. Comme dans ce cas les moines avaient le droit de lever une taille sur leurs hommes (2), il en résultait que le seigneur retrouvait dans cette espèce de droit de gîte l'équivalent de ce qu'il
(t) Arcére, Hui. <le la Rochelle, I, 265, 266, 608, 610. (2) Huet, Origine de Caen, 293.