‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 124 sur 225 · LES TROIS PREMIÈRES NUITS DE NOCE · texte numérisé non relu

LES TROIS PREMIÈRES NUITS DE NOCE

donnait, l'Eglise gagnait le droit d'imposer une nouvelle taille, chacun s'était enrichi par cet échange : le paysan seul se trouvait devoir une aide de plus que devant.

La naissance, le mariage, la vie, la maladie, la mort, tout servait au clergé de prétexte pour rançonner les malheureux paysans. Il existait à leur usage une foule de petites exactions, faciles à éviter dans les villes, qui avaient leurs privilèges et leurs chartes, chez lesquelles l'esprit corporatif parlait haut et ferme, et au sein desquelles d'ailleurs l'intelligence, plus développée et plus avancée, porle l'homme à s'affranchir des liens les plus pesants. Après avoir mis une amende sur les adultères, le clergé, lorsqu'il dut renoncer à exercer en nature son droit de markette, jura que personne du moins, pas même le mari, n'aurait cette première nuit qu'on lui enlevait, et sut persuader à ces hommes simples, au lieu de la nuit qu'ils devaient à leurs seigneurs et dont ceux-ci faisaient l'abandon, d'en consacrer trois à la Vierge, et de s'abstenir d'être de fait les époux de leurs femmes pendant ces trois premières nuits, en mémoire de Tobie avec Sarah. Spéculant sur le plus vif, le plus impétueux et le plus légitime des sentiments humains, sur l'amour, il inventait un péché afin d'en vendre l'absolution et glissait son oreille lubrique jusque sur l'oreiller des jeunes époux pour lui ravir ses mystères (1). Les manants du territoire d'Abbeville s'étant révoltés, les curés menacèrent de déchaîner contre eux les dragons qui avaient dévoré les sept premiers maris de Sarah. Les habitants, justement alarmés, s'adressèrent au roi, qui, par une ordonnance du 10 juillet 1336, prescrivit à l'évèque d'Amiens de ne plus lever d'amende sur les maris qui usaient comme ils l'entendaient de leurs droits d'époux dès le premier jour de leur mariage. Les successeurs de i'évêque ayant fait revivre cet incroyable impôt, Charles VI rendit • le 6 mars 1388 une nouvelle ordonnance eonfirmalive de la

(1) M. Veuillot appelle cette saleté « Tune des plus charmantes institutions du génie chrétien. » — Le droit du seigneur, 249.

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