‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 139 sur 225 · SIS RÉACTION · texte numérisé non relu

SIS RÉACTION

portes, et Ton jette en prison tout ce qu'on peut prendre de calvinistes. « Le lieutenant général se transporta au Marché, et flt main basse sur les femmes de ceux qui s'étaient enfuis. Quelques-unes d'entre elles furent violées, et on en poignarda vingt-cinq. » Quant à ceux que l'on avait jetés dans les prisons, on les appelait a leur tour, on les assommait et on se livrait sur leurs cadavres à d'horribles et indécentes mutila-

tions. On en tua soixante-dix ce jour-là. L'auteur raconte cette scène froidement, sans émotion, sans y ajouter le plus léger blâme. Le souvenir ne s'en dresse pas, terrible, comme celui du siège de 1358, auquel les jacques restèrent étrangers, et qui contribua pour la meilleure part à déshonorer la jacquerie.

Heureuses les villes, de pouvoir commettre tant de crimes dont la honte ne rejaillit que sur les campagnes! Vingt-cinq femmes violées et égorgées, soixante-dix hommes massacrés, cent cadavres en un seul jour, massacrés à froid, insultés et déshonorés jusque dans. la mort, cela, pour un écrivain religieux, n'est rien dès que les assassins sont des soldats, des bourgeois et des gentilshommes, et les assassinés des hérétiques. Mais si c'est le paysan qui, à bout de patience et soulevé par la royauté, porte la main sur son seigneur et maître, ou môme si on la porte à côté de lui sans qu'il y ait pari, e'est un chien enragé quii faut lier dans un sac et jeter à l'eau au plus vite.

0 l'admirable poème que cette fable de La Fontaine : Les animaux malades de la peste! Pauvre, pauvre maître Àtiboron !...

Toute révolution avortée met une arme terrible entre les mains du parti vainqueur. Les nobles avaient eu peur, ils avaient tremblé et pâli devant Jacques Bonhomme, et il n'y a rien d'implacable comme ceux qui ont eu peur et qui redeviennent les plus forts. Que pouvait le bonnet de laine contre le casque de fer /Que pouvaientdes paysans nus et à pied contre ces centaures

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de bronze? Que pouvaient les bâtons ferrés, les faux et les fourches contre ces hommes à la poitrine cuirassée d'un triple airain, tandis qu'ils n'opposaient qu'une veste de bure à la lance de ces chevaliers qui se fatiguaient, invulnérables, à les abattre autour de leurs robustes destriers? Les paysans une fois dispersés et rentrés chez eux, retombèrent à la merci de leurs maîtres irrités. Toute énergie les abandonna en même temps que grandit la fureur des gentilshommes. On a flétri la jacquerie, mais on s'est bien gardé de raconter la contrejacquerie, mille fois plus riche en forfaits hideux. Je passerai rapidement sur ces pages souillées de sang, honteuses pour les nobles encore plus que pour le peuple, et que je voudrais arracher de notre histoire, car la responsabilité de tout ce sang versé, pèse sur nos têtes à tous, et l'heure de la réconciliation n'est pas venue encore.

Les Anglais survinrent, au plus fort de cette réaction sauvage et implacable, et, de concert avec les nobles et l'armée, continuèrent cettre œuvre qui eût rayé la France de la carte de l'Europe, si Charles VI eût succédé à Jean II, et si Dieu n'eût mis, entre ces deux règnes néfastes, le règne de Charles V.

Déjà, en 1355, Edouard III et le célèbre Prince noir, son fils, semblaient s'être donné à tâche de faire pâlir les hauts faits des bandits les plus célèbres, et, se détournant des villes fortes pour se ruer sur le plat pays, le premier avait ravagé l'Artois, tandis que le second mettait à sac la Guîenne et le Languedoc, avec tous les raffinements d'une férocité sans seconde. Traînant à sa suite cinq mille habitants de ces contrées dont il pouvait obtenir rançon, et mille charrettes de butin, le monarque anglais entra en triomphe à Bordeaux, ayant, de son propre aveu, brûlé en sept semaines, plus de cinq cents gros bourgs, petites villes et villages.

Ce célèbre guerrier remonte ensuite la Garonne jusqu'à Agen, parcourt les fertiles campagnes du Quercy, du Limousin,

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