‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 147 sur 225 · LE LANGUEDOC DÉVASTÉ · texte numérisé non relu

LE LANGUEDOC DÉVASTÉ

II semblait que les trois frères du roi, les ducs d'Anjou, de Berry et de Bourgogne, eussent succédé aux grandes compagnies, ou tout au moins rivalisassent avec elles de violences et de sanglantes exactions. Charles V avait fait de son frère le duc d'Anjou, une sorte de vice-roi du Languedoc, qui, suivant le moine anonyme de Saint-Denis, « sut faire de la terre la plus grasse et la plus fertile, la plus maigre et la plus malheureuse du royaume. » Fidèle à cette fatale tradition des ducs d'Anjou de jeter sur l'Italie des regards de convoitise, il pressurait le midi de la France pour se procurer les moyens de faire ces expéditions néfastes : c'était une fièvre qui avait succédé à celle des croisades. Il eût mieux fait cependant de défendre l'Anjou, que l'Anglais ravageait alors. (Bourdigné, Chron. d'Anjou.)

Après avoir mis en mars 1379 un premier et monstrueux impôt de 5 francs 10 sols sur chaque feu, il le porta, en octobre suivant, à 12 francs d'or par an. Pour celui-là, la levée en était bien impossible ; mais rien n'arrêta les terribles exécuteurs du duc, qui amenèrent la dépopulation de ces riches campagnes. En trente années, là où il y avait eu cent mille familles, on en comptait à peine trente mille (1). Le roi dut intervenir, seulement les motifs qui l'inspirèrent furent d'un propriétaire enrayé, et non d'un roi jaloux de défendre contre tous les intérêts de ses peuples (2).

Plus franc dans ses allures, le duc de Berry ne fardait pas même ses extorsions d'une fausse apparence de légalité. L'impôt qu'il mettait sur le plat pays, il le levait lui-même,

(1) Dom Vaissette, Uist. du Languedoc, Ht. XXXII, p. 368.

(2) « Gomme nous avons audit pays plusieurs terres labourables, vignes, forêts, moulins et autres héritages qui nous étaient ordinairement de grand revenu et profit, lesquelles terres sont demeurées désertes, parce que le peuple est si diminué par les mortalités, les guerres et autrement, que n'est nul qui les puisse ou veuille labourer, ni tenir aux charges ni redevances anciennes, nous voulons que nos conseillers puissent donner nos héritages à nouvelles charges, croître et diminuer l'ancienne.» — Ordonna t. VI, p. 465.

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