LA JACQUERIE EN ANGLETERRE
accord, pour repousser les violences et indues entreprises des forains (1) . » La force peut être au même titre entre toutes les mains, et, dès lors qu'elle règne, quoi de plus naturel et de plus légitime que de tenter de la mettre de son côté?
Ainsi pensaient les manants de l'Angleterre, et c'est chez elle que nous retrouvons la Jacquerie, en 1381, calme, inoffensive, et pleine de généreuse confiance dans la parole royale (2), et tout naturellement étouffée dans le sang des serfs, bien plus vite encore qu'en France.
« Bonnes gens, disait Wicleff aux paysans, les choses ne peuvent aller bien en Angleterre, jusqu'à tant que les biens iront de commun, qu'il ne sera ni vilain ni gentilhomme, et que nous serons tous égaux. »
C'était rêver de réaliser en pratique l'égalité théorique de l'Évangile, contre laquelle le monde païen s'était révolté et avait combattu jusqu'au jour où, sous Constantin, l'Église, enfin victorieuse et déjà corrompue, reconnut en fait l'inégalité sociale et la légitimité, avec certaines restrictions charitables, de la richesse et de la propriété. Et tandis que mourait et s'éteignait en France le refrain des révoltés de 1358, leurs frères d'outre-mer leur répondaient par cette vieille chanson saxonne :
Wben Adam dely'd, and Eve span, Where was thcn the gentleman (3)?
(1) Bouthors, Coût, loc. d* Amiens, II, 356.
(a) « Ils ne pillaient point sur leur route, mais, au contraire, payaient scrupuleusement ce dont Us avaient besoin. » — Aug. Thierry, Conquête de l'Angleterre.
(3) Alors qu'Êve filait et qu'Adam labourait,
Où donc était le gentilhomme r