‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 151 sur 225 · LES TROIS ONCLES DU ROI · texte numérisé non relu

LES TROIS ONCLES DU ROI

verte de receveurs, d'exacteurs et de maltôtiers, d'autant plus impitoyables qu'ils avaient pleine et entière autorité d'étendre les impôts, de lever à discrétion des tailles et des fouagcs, jusqu'à prendre le vingtième de tous les vins, des troupeaux et des haras. Le duc abandonna la contrée aux bandits armés, « pour maistrier les bonnes villes, » en faisant peser sur elles la crainte de la famine ; si bien que, pour sauver au moins leurs vies après leur ruine consommée, plus de quarante mille ménages du Languedoc et de la Guyenne abandonnèrent ce qui restait de leurs biens et désertèrent « pour faire leur patrie des lieux où on les recevait à mendier (1). »

Effrayé des excès de son oncle, qui travaillait à dépeupler le royaume, Charles se rend en Languedoc : « Ah ! sire, lui répétait-on de tous côtés, le duc d'Anjou, et après lui le duc de Berry, ont pillé et dévasté cette contrée. Us n'y ont rien laissé ; vous allez voir des gens si pauvres que ceux qui autrefois passaient pour riches, n'ont plus de quoi faire travailler leurs vignes ou labourer leurs terres. C'était cinq ou six tailles par an, l'une n'était pas payée qu'une autre leur tombait sur les bras. C'était tantôt le dixième, puis le quart, et jusqu'au tiers, et quelquefois le tout. Partout où ces deux ducs ont eu puissance de mettre la main, ils ont tout moissonné et cueilli devant eux, ainsi que vous l'entendrez par les complaintes des pauvres gens. Betisac, pour le duc de Berry, a fait tant de crueuses levées, que le sang humain du pauvre peuple s'en plaint et crie hautement (2). »

Pour unique satisfaction aux doléances du peuple, le jeune roi donna de belles fêtes, « prit ses esbattements, dansant et carolant avec les frisques dames et damoiselles de Mont-

(1) Froissart, II, 395. - Juvénal des Ursins, 368.

(2) Froissart, III, 17, 25.

« Lorsque les vassaux opprimés se plaignaient de l'excès des impositions, le prince doublait la somme, et punissait la résistance par des amendes, parla prison, et même par la mort. » — Bailly, Hist. financière de la France, 1, 153.

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