‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 152 sur 225 · LES TROIS ONCLES DU ROI · texte numérisé non relu

LES TROIS ONCLES DU ROI

pelher, » et fit brûler vif sous ses fenêtres le trésorier de son oncle, Betisac, qui jusqu'au dernier moment protesta qu'il n'avait rien fait que suivre les ordres du duc de Berry.

Depuis surtout la bataille de Rosebecque, qui frappa d'un coup mortel la démocratie européenne tout entière, il semblait que les oncles du roi eussent pris à tâche de ruiner le royaume. Le vol et l'assassinat furent employés contre la bourgeoisie de Paris : quant au plat pays, abattu et sans défense, les agents des ducs lui mirent le genou sur la poitrine et le poignard à la gorge, et l'on peut dire que durant tout ce long et honteux règne, les manants se virent encore une fois réduits à la condition de serfs laillables à merci et à miséricorde (1). Pour s'acquitter à l'égard des seigneurs qui l'avaient suivi en Flandre, le roi trouva plus aisé de leur permettre de lever sur leurs terres ce qu'ils devaient pour solder les gens qu'ils lui avaient amenés. On n'ignorait pas cependant qu'autoriser les chefs militaires et les châtelains à se payer par leurs propres mains, c'était déchaîner sur les campagnes la violence et le brigandage. Mais, comme si ce n'était pas trop déjà, le roi compléta son œuvre en ruinant par avance leurs terres, et « en imposant fraîchement nouvelles tailles sur leurs gens, lesquelles avant tout devaient être payées, les seigneurs restant derrière. > (Froissart, II, 264.)

Ceux-ci suivirent à l'égard de leurs soudoyers le facile • procédé du roi à leur égard : ils tirèrent de la taille tout ce qu'ils purent, et dirent ensuite à leurs gens d'armes de se payer eux-mêmes sur le plat pays. De pareils ordres étaient toujours compris à demi-mot : l'armée se rua donc sur les pauvres ahaniers, « rançonnant le peuple, faisant merveilleuses pilleries et maux innumérables,... commettant sur d'innocentes créatures encore en enfance des énormités pires que le violement, et qui n'ont point de nom en France (2). »

(1) Froissart, II, 264, 548. — Juv. des Urstos, 330.

(î) Juv. des Ursius, 343. — U Laboureur, But, de Charles FI,T.

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