TENTATIVE CONTRE L ANGLETERRE
poésies, écrites sous la dictée de Dieu et d'amour ! Quoi qu'il en soit, les Tuchins rendirent témoin de leurs vengeances une grande partie du royaume, le Poitou, l'Auvergne, le Limousin, et principalement le midi de la France. On marcha contre eux, et ils furent facilement massacrés.
« Les uns furent occis se défendant, les autres brûlés, les autres pendus et étranglés, et tellement qu'il n'en fut plus de nouvelles (1). »
Il fallait bien cependant que Jacques Bonhomme se secourût lui-même, car ceux qui devaient le défendre étaient ceux-là môme qui le pillaient le plus impitoyablement. Il en eut une nouvelle preuve en 1386, lorsque la noblesse marcha pour faire une descente en Angleterre, ruineuse expédition manquée par la trahison des princes des fleurs de lys, surtout du duc de Berry, « qui venait tout bellement, » rafraîchissant ses troupes sur le plat pays, pillant et dévastant.
Partout où passaient ces nobles chevaliers avec leur suite, ils étaient en si grand nombre que toute la contrée était mangée et perdue. Rien ne restait dans les campagnes, déjà ruinées par l'impôt. Les riches se désespéraient et les pauvres s'enfuyaient ; les laboureurs, qui avaient recueilli et serré leurs moissons, n'en avaient plus que la paille, et s'ils voulaient parler, ils étaient battus ou tués; les viviers étaient péchés, on abattait les maisons pour se chauffer. Les Anglais fussent venus en France, qu'ils n'auraient pu y faire plus de dégât que les troupes des gens d'armes français. « Nous n'avons point d'argent, disaient-ils en prenant tout ; au retour nous vous payerons. » Les pauvres gens les maudissaient, et leur chantaient une note entre leurs dents tout bas : c Allez en Angleterre, orde crapaudaille, et puisse- t-il n'en pas revenir un seul. » (Froissart, II, 52A.)
L'heure était favorable, cependant, pour aller venger en
(1) Bouchet, Annales d'Aquitaine, 2*T. — Jean Chaumeau, Hist. du Berry.