ANARCHIE GÉNÉRALE
Angleterre les défaites de Crécy et de Poitiers, car les manants d'outre-Manche, encore ulcérés de la trahison royale de 1381, se montraient décidés à refuser à leurs maîtres le concours de leurs hras enchaînés et de leurs bourses épuisées pour repousser l'invasion étrangère : « C'est sans raison, disaient-ils, qu'on nous taille pour donner le nôtre aux chevaliers et aux écuyers. Qu'ils se défendent eux-mêmes ! A tout considérer, si l'Angleterre se perdait, qui perdrait, sinon eux ! » (Froissart, II, 525.)
Ils payèrent cependant, et l'argent fut dilapidé, tout comme il eût pu l'être par les officiers de la cour de Charles VI.
Or, tandis que les manants d'Angleterre se détachaient de la noblesse, comme le faisaient ceux de France, Anglais et Français, les peuples des deux nations entretenues rivales par leurs rois et leurs seigneurs donnaient un grand exemple au monde, déposaient leur colère pour la garder toute contre leurs persécuteurs directs, et se tendaient des bras fraternels des deux côtés de l'Océan. Montés sur leurs paisibles « barquerolles, » les pêcheurs des deux royaumes vivaient étroitement unis, se secouraient dans les périls communs, et débarquaient indifféremment sur les deux rives pour vendre aux habitants le produit de leur pêche. (Ibid., 526.)
Oràce à cette anarchie générale, les guerres privées déchiraient de nouveau les provinces. Dans l'Alsace, par exemple, le sire de Coucy, qui se prétendait des droits sur elle, et le duc Léopold, s'y livrent, en 1380, à tous les excès d'une guerre d'extermination. A peine remise, ce sont les seigneurs séculiers et les évêques qui, dix-huit années plus tard, renouvellent toutes les horreurs que la guerre traîne à sa suite, et réduisent le pays à la dernière des misères. (Laguille, Hist. d'Alsace, 310, 356.)
Jaloux de faire leur partie dans ce concert de destruction, le roi et ses terribles oncles viennent ajouter les fureurs de la guerre royale à celles des guerres privées et de la guerre