MISÈRES EFFROYABLES
étrangère, et, pour écarter l'ennemi en l'affamant, promènent autour d'eux la ruine et l'incendie sur les campagnes. (J. Chaumeau, ffist. du Berry.)
Pour couronner l'œuvre et clore dignement ce siècle effroyable, « une grande, horrible et piteuse mortalité » vint frapper le royaume (1399), châtiment de Dieu, au dire du peuple, pour punir les crimes des hommes. (Juv. des Ursins, 407.)
Chose honteuse, et qu'il faut dire cependant! le paysan, cet homme qui semble tenir au sol par toutes ses racines, le paysan brisait le lien sacré de la patrie pour déserter à l'étranger, on il vivait plus heureux (1). Les provinces de France aux mains des Anglais étaient, relativement, heureuses et florissantes; elles refusaient de secouer le joug étranger pour revenir sous la domination royale. La royauté perdait la France. Le duc de Bourbon, qui gémissait du spectacle que présentait alors le royaume, voulut faire rentrer sous cette domination Bayonne et Bordeaux. Le monarque anglais ne s'en émut pas : < Jamais, dit-il, les Bordelais et les Bayonnais ne se tourneront contre nous; ils sont avec nous francs et quittes, et si les Français les dominaient, ils seraient taillés et retaillés deux ou trois fois l'an. » En efiet, lorsque les émissaires du duc se présentèrent à Bordeaux, à Bayonne, à Dax, les habitants accueillirent froidement leurs ouvertures : « Ils considérèrent comment le royaume était vexé et molesté de tailles, de fouages et de toutes exactions vilaines, dont on pouvait extorquer argent. » (Froissart.)
Ils avaient, pour leur servir d'exemple, les habitants du Ponthieu, qui, après avoir quitté Edouard et l'Angleterre pour revenir à Charles VI et à la France, étaient depuis trois années assujettis à des contributions excessives.
(1) Froissart, II, 548.