CHAPITRE PREMIER
Charles VI (suite). — Armagnacs et Bourguignons. — L'Anglais survient. — Les campagnes soulevées par la royauté. — Révoltes des paysans. — La complainte des pauvres laboureurs.
« Quelques guerre» qu'il y eût, le pauvre peuple
«l'un côte' et d'autre souffrait de grandes pilleries et voleries, et était grand' pitié de voir le royaume en telle désolation. » JUVÉMal. DES UrsiNS.
Le peu de raison qu'avait Charles VI l'ayant abandonné dans la forêt du Mans, les princes, après s'être entendus pour pressurer le royaume, se séparent pour le ravager. Puis, lassés de tuer le peuple, ils se tuent entre eux. Jean de Bourgogne assassine le duc d'Orléans, bientôt vengé par Tanneguy- Duchâtel, qui fait au front de Jean-sans-Peur « ce trou par lequel les Anglais entrent dans le royaume. » Mais avant d'en arriver à ces sinistres dénoûments de leurs querelles ineptes, ils promènent la guerre civile, le pillage et la ruine par toutes les provinces. A peine les armées des ducs d'Orléans et de Bourgogne sont-elles entrées en campagne (1Û05), que les paysans se réfugient dans les villes fortifiées, abandonnant tout, jusqu'à leurs vignes à la veille d'être récoltées. Cinq cents bandits du parti d'Orléans courent la Champagne, la Beauce et le Gâtinais, massacrant les hommes et enlevant le bétail. Le roi de Sicile leur amena un renfort de huit cents malandrins, vil ramassis de toutes les nations, écume impure de tous les partis, qui surpassèrent les premiers en férocité, et ne le cédèrent qu'à deux cents Lorrains qui suivirent leur