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LE ROI SOULÈVE LES PAYSANS

î lancer et vener dans les bois comme des bêtes sauvages, et en un jour ils firent curée de sept cents de ces villageois. » — « Les gens de guerre enchaînaient tout ce qu'ils trouvaient de sujets du roi, sans distinction de sexe ni d'âge ; ils les chassaient devant eux comme des troupeaux de galériens, et après leur avoir fait souffrir tout ce qui se peut de supplices sans mourir, s'ils n'avaient de quoi se racheter la vie, ils les pendaient ou les jetaient à l'eau. » (Lelaboureur, 766, 815.)

Dans la Beauce, les Armagnacs mettaient le feu aux églises dans lesquelles se réfugiaient les populations attérées, et tuaient au milieu des flammes ceux qui cherchaient à s'enfuir; dans le comté de Saint-Pol, une autre bande du même parti, sous les ordres d'un bâtard de Bourbon, se livrait à des atrocités analogues (Hennebert, Artois, III, 284), tandis que de leur côté les Bourguignons ravageaient le Beauvaisis et le Valais. Le prévôt des Essarts, Antoine de Craon, le Borgne de la Heuze, saccagent le comté d'Alençon, les seigneurs de Helly et de Bournonville infestent le Poitou, et le sire de Saint-Georges, à la tête de bandes bourguignonnes, traverse presque toute la France pour aller attaquer en Gascogne le comte d'Armagnac.

Tel est l'excès des souffrances du plat pays, que malgré les révoltes qui ensanglantent Paris, malgré les souvenirs encore récents de la jacquerie, le roi, après avoir inutilement appelé à son secours l'autorité religieuse et requis l'évêque de Grenoble de lancer contre les bandits l'excommunication ordonnée pa,r la bulle d'Urbain V, légalise une fois encore l'insurrection en mettant au peuple les armes à la main pour repousser la force par la force. Après l'ordonnance d'avril 1M2, qui permet à tous les marchands forains et autres d'apporter et de vendre à Paris toutes espèces d'armures, afin que tous les sujets puissent s'armer contre « les grans et dampnables compagnies, » vient, pour la compléter, celle du 25 mai de l'année suivante, qui autorise les paysans à résister à main

armée aux pillards (1), et leur permet de les tuer en toute impunité. (Monstrelet, I, f. 168.)

Et cependant les bandits et les pillards, c'étaient ses oncles et ses cousins, dans la personne de leurs partisans, c'était lui-môme, par l'intermédiaire de ses serviteurs. Les seigneurs, et jusqu'aux princes du sang, en étaient arrivés à ce point de ne plus payer leurs dettes et de laisser leurs gens prendre au hasard et par force pour l'approvisionnement de leurs maisons : ils les envoyaient sur les fermes enlever les blés dans les greniers,' et faisaient défendre aux paysans, sous peine d'amende, de rien vendre avant qu'ils se fussent fournis : ils coloraient leur vol en fixant eux-mêmes le prix de. leurs achats; seulement ils ne payaient jamais. Les officiers du roi n'étaient pas plus scrupuleux, sans cela le roi n'eût pas mangé. (DeBarante, II, 41A.)

Déjà antérieurement, une ordonnance dirigée plus particulièrement contre les nobles, leur défendait de chevaucher le visage masqué ou caché par leurs chaperons, parce qu'ils se livraient à toutes sortes de crimes sans que l'on pût les reconnaître. (Ordon. du 9 mars 1399.)

Gomme en 1358, les paysans répondent à l'appel de la royauté. Après s'être rassemblés pour se défendre, tant de haines rapprochées fermentent, ils s'ameutent pour se venger et imitent les excès qu'ils voulaient d'abord punir. C'est une nouvelle jacquerie, ce sont de nouveaux bandits qui pèsent encore sur ceux des leurs qui, leur besogne de vengeance faite, veulent retourner aux travaux des champs. On envoie des troupes contre eux, on les poursuit jusqu'au fond des forêts, on les tue, on les égorge, on les pend. La terre reste

(1) Art. 250-Î51 : « Lesquels ont pillé et gâté, et gâtent, pillent et robent de jour en jour notre royaume et nos bons et loyaux sujets, ont tué gens, rançonné, bouté feux, efforcé femmes mariées et autres, violé filles a marier, tué enfants, et encore font et « efforcent de faire toutes autres inhumanités...»

l'anglais survient. 351

sans culture, et la famine reparaît avec son cortège d'horreurs (1).

Trois partis déchirent le royaume, celui du duc de Bourgogne, celui de la maison d'Orléans et celui de l'héritier du trône. Le roi seul n'a pas de parti : le peuple lui en eût fait un, car laboureurs et artisans l'imploraient, n'ayant plus rien désonnais à espérer que de Dieu et du roi. Mais si Dieu est trop haut, le roi, lui, était trop bas, il était fou, et, comme le dernier de ses sujets, oublié au fond de son palais, il avait froid, il avait faim.

Les impôts se succèdent, mais les princes arrêtent l'argent au passage (Juvénal des Ursins, 500 ; — Lel&boureur, 482) ; le peuple les paie, mais le roi ne les reçoit pas. Et cependant, pour les faire rentrer, la violence est poussée jusqu'à la férocité la plus sauvage. On stimule les retardataires « en mettant mangeurs et gasteurs en leurs maisons etsur leurs biens, découvrant leurs maisons, si mestier est, et par la plus grande et rigoureuse manière que se peut faire, et à force d'armes, si besoin est. » (Ordon. du 15 juillet 1410.) Et comme, en dépit de tout, le paysan ne peut payer parce qu'il n'a rien, on se décide à faire rendre gorge à toutes les sangsues qui l'épujsent, et l'on ordonne que tous ceux qui avaient administré les finances, « soit lais, soit clercs, seraient contraints par l'exploitation, sous peine, en cas de refus, de mettre mangeurs en leurs maisons » (1415).

La France tout entière n'offrait plus qu'une plaie : de FOcéan aux Pyrénées c'était une caverne de brigands. Les prêtres abandonnaient l'autel, qui ne les faisait plus vivre ; les moines désertaient les couvents, sans cesse pillés par les bandits; la contagion du pillage les viciait, et après s'être armés pour se défendre, ils se faisaient bandits à leur tour.

Il semblait que la France ne pouvait plus souffrir davantage.

(1) Bailly, But. financière de ta France, 1, 157 (U10-U1S),

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