‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 17 sur 225 · LA FRANCE EN INTERDIT · texte numérisé non relu

LA FRANCE EN INTERDIT

seigneur d'abandonner à l'évêque le séjour désormais plus calme des villes, et d'aller s'abattre sur la campagne. Le commerce ne s'aventure plus hors des enceintes fortifiées, parce qu'il n'y a sur le plat pays, ni argent dans les chaumières, ni sûreté sur les routes. Aussi le châtelain, ne pouvant plus prendre dans les villes ni sur les chemins, prend-il dans les chaumières (1). Il n'achète pas. il vole ; il prend de toutes manières et de toutes mains : il prend par force, il prend par ruse. Malheur à celui sur qui le même abus s'exerçait deux fois : car si « une fois n'est pas coutume, » deux suffisent pour l'établir, et alors il doit à perpétuité. Tel des hommes du noble sire qui avait obligeamment aidé les ouvriers du manoir ou qui lui avait fait à lui-même une aide gracieuse, retournait chez lui « corvéable à toutes mandées, taillable à merci et à miséricorde. » Il avait offert les produits de son champ ou de sa basse-cour, on exigea de lui une redevance annuelle (2). Le respect avait conseillé, la crainte fit obéir. Les peuples étouffèrent dans leur cœur ces témoignages naïfs de dévouement dont ils se montrent si aveuglément prodigues envers leurs maîtres, et le sire, qui attend d'eux un service, leur donne en même temps une charte, et jure qu'il n'abusera point contre eux de leur propre libéralité (3).

(1) «Les seigneurs ne savaient exiger leurs prétendus droits qu'en pillant, se servant toujours du prétexte de la guerre pour réduire leurs serfs à une misère extrême, et ne leur permettant le commerce des bestiaux et denrées que pour leur enlever le bénéfice qu'ils pouvaient y faire. » — Doyen, Recherche* et observation» sur les lois féodales, 25.

(2) Chopin, Deprivileg. rusiic, lib. 1, part. 2, cap. i, y, 15. — Boutaric, Traité des droits féodaux, 333, 654.

(3) Les hommes du prieuré de Gouis, en Anjou, ayant libéralement contribué pour la somme de 8 livres à la reconstruction du pont de Durtal, Foulques, sire de Mathefelon, leur accorda, le 1er juin 1310, la charte suivante :

«A tous ceux qui cetes présentes letres verront et orront, Foulques, sire de Mathefelon, salut en Notre Seigneur. — Sachent que, comme le prieur de Goiz e ses bornes nous aient donè, de leur bonne volenté, en pur don, senz nul pourforcement, pour l'ayde de nos pons de Duretal, ouet livres de monde cou-

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