‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 173 sur 225 · LES ARMÉES PERMANENTES · texte numérisé non relu

LES ARMÉES PERMANENTES

rien qu'ils puissent dire être à eux, ni leurs biens, ni même leurs vies. En telle misère et servitude est tombé le royaume de France, autrefois noble et libre, que tous les habitants sont déclarés hautement, par les généraux des finances et leurs commis, taillables à la volonté du roi, sans que personne ose murmurer ou même demander merci , et que parler à l'encontre serait plus périlleux que de renier tout le symbole de la foi, et serait châtié en crime de lèse-majesté... Le mal ira croissant, et toujours, s'il en manquerait, forgerait-on nouvelles causes de guerres et de troubles, afin de maintenir milices et tributs. Et celte calamité ne demeurera point particulière au royaume de France, mais la contagion gagnera les autres nations, comme nous le voyons commencer de nouyelleté en certaines seigneuries, libres jusqu'ici de telles servitudes,

» L'autorité divine nous commande bien d'être soumis aux

* il

princes, mais non comme serfs. L'Apotre dit : « Ne soyez point serfs des hommes. » Il dit encore : « Serf es-tu appelé ? N'en aie point de souci ; mais si tu peux devenir libre, mieux feras-tu. » Obéissons donc librement à qui nous commande selon la juslice et la loi ; mais à qui commande contre la loi et la justice pour satisfaire ses iniques passions, subverlir l'Etat et tout réduire en servitude, n'obéissons pas si nous avons pouvoir de résister ; ce sera plus juste encore (l). »

Les soldats, en dépit de leur nom, étaient rarement soldés, et c'était souvent leur situation normale et régulière de vivre aux dépens du manant, ainsi que cela semble résulter d'une « monstre (revue) de huit hommes d'armes, à cheval, et quarante-cinq archers, de la compagnie de sir Hue Stanlowe, escuver, qui sont des gens des champs et agaicies, vivans sur le pays, sans gaiges, et ne sont d'aucunes garnisons ou retenues ordinaires (2)i »

I Hisioriu Caroli VU, lib. IV, 169-181.

OU Cité par Montell, Him. des Français des divers étals, IV, 396.

Page 1