LES COUTUMES. J|0Ô
vilains, toujours écrasés lorsqu'ils veulent secouer le joug trop pesant qui les acccable, cessent d'êlre à craindre, et ne feront plus que quelques soulèvements partiels, facilement étouffés dans leur sang. Il ne reste plus qu'une chose, la royauté, qui grandit sur les ruines de la noblesse, du clergé, du tiers état et du peuple des campagnes. Tout entiers aux intrigues des cours, les historiens nous parleront moins que jamais du paysan : il n'a droit à rien, pas même à la pilié ; il doit souffrir et mourir, c'est son lot ; et si le désespoir lui met ies armes à la main, s'il court au-devant de la mort qui s'avance trop lente, c'est quelque chose comme la révolte de Spartacus : on compte froidement combien ont été massacrés, pendus ou brûlés, et l'on passe sans s'attarder plus longtemps à ces petits faits, indignes de la majesté de l'histoire (1).
Toutefois, la situation habituelle des ahaniers n'est plus désormais aussi complètement misérable. Chaque siècle n'a plus de physionomie qui lui soit particulière, et il ne nous reste plus qu'à décrire la situation que firent aux campagnes les diverses coutumes. C'est un tableau dont les lignes iront toujours en s'affaiblissant; les coutumes, à chacune de leurs réformes, perdront ce qu'elles ont de spécial et de plus tyrannique, et, sous l'influence toujours croissante de la royauté, elles tendront, grâce surtout aux travaux des légistes du xvie et du xvin* siècle, et malgré ce long interrègne des libertés publiques et de la pensée humaine qui s'appelle le siècle de Louis XIV, à revêtir certains caractères d'unité qui rendront plus facile l'œuvre de 1789.
C'est à Charles VII que revient l'honneur d'avoir ordonné (avril 1452) que les coutumes fussent rédigées « par écrit et
(1) « Ces petits détails (pi Haïr s des troupes et des seigneurs dans les campagnes) ne mériteraient pas d'avoir place dans une histoire générale, si l'histoire n'était pas obligée de Taire connaître les mœurs du temps et l'étal du pays pendant l'absence du souverain. » — D. Galinet, Hisi. de ton-aine, IV, 64,
(tua).