EXACTIONS CLÉRICALES
daleusement dans les villes les produits de leurs cures, et si nous voyons quelques évêques tenter de contraindre les prêtres de leur diocèse à la résidence (Dom Duplessis, Meaux, 335), il en est d'autres qui mettent leur indulgence à l'encan et reçoivent de l'argent pour fermer les yeux sur tant de désordres. (D. Royer, Anjou, 415.) On en trouve même, évêques ou abbés, qui conservent la tradition du moyen âge, qui dépouillent les paysans ou les laissent dépouiller par leurs officiers ou leurs parents, et poussent à leur égard la violence jusqu'au meurtre. (D. Duplessis» 346.)
Les dîmes continuent à se percevoir, grosses, vertes et menues, et à l'aphorisme : Nulle terre sans seigneur, nul seigneur sans terre, — répond celui-ci : Nulle terre sans charge de dîme (1). Au printemps, le curé a la dlme des agneaux, chevreaux et pourceaux ; en été il a la dlme des gerbes ; en automne, la dîme des raisins ; en hiver, celle des bois. Bien loin de la loucher sur le produit net, sur le bénéfice du paysan, il la prélève sur le produit brut, la fait monter à des proportions exagérées, et l'on pourrait citer des exemples de dîmes doubles et triples (2), ce qui n'empêchait pas qu'après avoir dîmé les gerbes, on ne dlmât encore le blé porté au moulin, et le pain porté au four banal. De plus, les terres que possédait le prêtre étaient exemptes de tailles, -soit qu'il les fit luimême, soit qu'il les affermât, qu'elles fussent biens d'Eglise ou propriété personnelle, de sorte que le fardeau de l'impôt, réparti sur un moins grand nombre de champs, devenait de plus en plus onéreux pour Jacques Bonhomme (3).
J'ai parlé des droits de lierçage et de pasl huplial, qui de
(1) Coutume de Poitou, commentée par Boucheul. (I) Darestc de la Chavahhe, l is.
(S) «Ceui qui ont privilège de nnblpsse on d'hrdre He prefrfcf ne pfnrettt être imposés à la taille contre leur pri\ ilége, sous ombre <lr ce <|if ils travaillent de leurs mains eh leurs propres possessions. » — Arrêt de Grenoble, 1457. — Papon, Hecueil d'arrêts, liv. V.
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Bretagne s'étendirent dans les provinces voisines, et furent le sujet de plaintes si violentes contre le clergé. Le duc de Bretagne était à Lyon, au sacre de Clément V, en 1305, pour tenter de résoudre directement avec le pape ces difficultés sans cesse renaissantes, lorsqu'il fut écrasé sous les décombres d'une muraille trop chargée de populaire, qui s'écroula tout d'un coup et renversa le saint-père. En 1309, le duc Arthur envoya Jean, son fils aîné, à Avignon, pour terminer cette affaire, tandis que de son côté le clergé dépêchait vers le souverain pontife des émissaires chargés de défendre ses droits. Il fallait que ses prétentions fussent bien injustes et bien exorbitantes, puisque Clément V lui-même les jugea telles, et réduisit le tierçage au neuvième, déduction faite des dettes. Il prit alors le nom de droit de neume, neufme, neuvième, et le pape en exempte les nobles et ceux qui n'auraient pas la valeur de quarante sols en meubles. Les habitants de Saint- Màlo abonnèrent en 1572 ce droit de neume à la somme de trois cents livres, qu'ils payaient annuellement au chapitre, et Dom Morice constate qu'au xvur5 siècle, on retrouvait encore des traces de ce droit dans la basse Bretagne, et Jusque dans les grandes villes, telles que Nantes et Saint-Màlo.
Quant au past nuptial, Clément V en exempte ceux qui n'auraient pas trente sols en meubles, taxa à deux sols ceux dont le mobilier était évaluable entre trente et cinquante sols, et trois sols ceux qui avaient plus de cinquante sols en mobilier, le tout payable à la commodité des nouveaux mariés.
Comme aux jours de Pierre Mauclerc, les ducs de Bretagne étaient incessamment en querelle avec leur clergé au sujet de ses exactions. En 1440, le duc envoya à Borne pour se plaindre des grosses amendes qu'il prononçait à l'occasion de fautes minimes, et des censures et des excommunications qu'il prodiguait sans autre motif que celui d'interdire ensuite l'Eglise à ceux qu'il frappait, pour les forcer à racheter l'excommunication à prix d'argent. L'évèque de Saint-Mâlo exerçait