‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 189 sur 225 · RÉSISTANCE DES PAYSANS. A · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE DES PAYSANS. A

colore ses crimes des plus beaux noms, glorifiant le meurtre, l'homicide, et les vastes égorgcments humains sous le nom de victoire, le vol et la rapine sous celui de conquête, l'immoralité, le viol et la débauche sous celui de galants exploits, el, sous prétexte de défendre et venger la patrie, la ruinant et la massacrant en effet, et faisant désormais de sa vie un long râle d'agonie. Vainement une armée à peu près régulière a remplacé les Grandes Bandes : elle a conservé comme un dépôt impérissable et sacré toutes les traditions de cellesci; seulement le mal, qui, autrefois, était local et passager, sera désormais aigu et chronique à la fois ; et tout chef militaire, tout seigneur malintentionné saura où trouver des instruments dociles et toujours prêts à seconder ses mauvaises passions et ses fureurs.

Louis, duc d'Orléans, beau-frère de Charles VIII, mécontent de voir le gouvernement passer aux mains d'Anne de Beaujeu, intrigue par le royaume et soulève contre elle plusieurs princes, le duc de Bretagne, «le comte d'Angoulême, le duc d'Alençon, le prince d'Orange, le comte de Dunois. Après quelques efforts infructueux, il conduit ses troupes en Bretagne, où elles sont poursuivies par celles du roi, qui pillent et détruisent sur leur passage les villages et les abbayes (1). La guerre civile se prolongeant en Bretagne, il fallut armer une fois encore le peuple contre ses éternels ennemis, et le ban et l'arrière-ban furent convoqués en Anjou, en 1A89, pour s'opposer aux désordres occasionnés par ces passages continuels de corps d'armée.

Pendant ce temps, l'arrière-ban se convoque de lui-même en Bretagne, et les paysans, forcés de reconnaître que les intrigues des grands sont la cause de tout ce mal, se jettent

(1) « Le roi envoya prompteroent quatre armées en Bretagne, dont le passage par l'Aujou causa une perte inestimable à cette province. L'abbaye de Saint-Georges-sur-Loire Tut pillée, el tous les bourgs de ce quartier-là ruinés.» — D. Roger, Anjou, 3»0.

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