SOULÈVEMENTS EN ALSACE
sur les nobles qu'ils exterminent sans pitié. Trois paysans de la paroisse de Plouyé dirigent leurs coups, bientôt toute la basse Bretagne est en feu, et tout fuit devant eux. Quimper- Corentin tombe en leur pouvoir, et ils y font leur entrée le 30 juillet 1489. A un jour donné, tous les villages, soulevés par le tocsin, devaient massacrer les nobles et les hauts bourgeois des villes, lorsque les gentilshommes marchent contre eux avec toutes leurs forces et leur offrent la bataille. « Les communes jouèrent le paquet, » et furent écrasées à Pratanraz. Les chevaliers firent de* ces malheureux une telle boucherie, que le théâtre de l'action en prit le nom de Prat- Milgot, pré des mille ventres (1).
Le roi publia des ordonnances ; — il ne pouvait faire davantage, puisque c'étaient les troupes mêmes qui eussent pu les faire exécuter qui commettaient les crimes auxquels lesédits royaux tentaient de remédier, — et, sur les plaintes des états de Normandie, il en rendit une pour s'opposer aux exactions des gens de guerre, des commissaires et des gens de justice, et pour défendre aux « nobles et autres de faire assemblées ni congrégations de gens et mauvais garçons, et de piller le pays, » tandis que pour satisfaire aux doléances de ceux de Bretagne, il en rendit, à quelques années de là une autre dans le même but. (Ordonn. d'oct. 1486, oct. 1487, nov. 1493.)
C'est durant les dernières années de ce règne que brilla la première étincelle du terrible incendie qui, au siècle suivant, mit l'Allemagne en feu, ralluma contre les nobles et le clergé la haine des paysans poussés à bout, et jeta quelques flammes jusque dans les provinces limitrophes de France.
Jacques Bliensviller, Nicolas Zeigler et Jean Ulman, bourgmestres de Schelestadt, attroupèrent un grand nombre d'habitants des villages d'Alsace qu'ils poussèrent à la révolte, en déplorant avec eux, au nom des principes évangéliques, cette
(1) Le chanoine Moreau, Hist. de la Ligue en Bretagne.
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étrange répartition des lots ici-bas, qui les condamnait « à supporter seuls le travail absolument nécessaire à la vie, travail qui enrichissait la province et les laissait languissants sous le poids d'une accablante misère, tandis que la noblesse exerçait sur eux une espèce de tyrannie, et que le clergé vivait dans une abondance qui le portait souvent à des excès indignes de sa profession. » On les berçait de l'espoir d'imiter les Suisses, qui s'étaient affranchis du joug des seigneurs, et avaient formé c une république où le peuple juge et commande en maître. » Le clergé fit contre eux des mandements et la noblesse les menaça de ses vengeances. « Mais il fallait des remèdes plus efficaces que des mandements et des menaces pour réprimer des factieux animés de l'amour de la liberté. » Joignant donc les actions aux paroles, on marcha contre eux, et ils furent défaits et dispersés, après que Jean Ulman eut été écarteléàBàle, et Nicolas Zeigler à Schelestadt. (Laguille, Hist* d'Alsace.)
Les états généraux de làSh avaient réduit le budget à 1,200,000 livres, mais, grâce aux troubles de la régence, aux guerres de Bretagne, grâce surtout aux guerres d'Italie, Charles VIII, malgré son bon vouloir, s'était vu contraint d'augmenter successivement la taille, qui s'élevait à 2,500,000 livres, plus du double de la somme votée. Charles se proposait de la réduire au chiffre accordé, et il espérait l'employer toute à la défense du royaume. «Quant à lui, dit Comines, il voulait vivre de son domaine, ce qu'il pouvait bien faire, car le domaine est grand, et, en y comprenant les aides et gabelles, il passe un million de francs. » En somme, les campagnes respirèrent sous ce roi, et Charles VIII prépara la transition entre Louis XI et Louis XII.
Si les hommes savaient mesurer leur reconnaissance aux bienfaits qu'ils reçoivent, s'ils tenaient pour grands les rois qui sont animés de l'amour de l'humanité et non ceux qui font d'eux de grandes tueries au profit de leur ambition,
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Louis XII serait, après saint Louis, le plus grand roi de France. Sans doute, et ses guerres d'Italie en font foi, il ne sut pas se dégager complètement du faux esprit de conquête de son siècle, mais son immense amour du peuple fut à lui, bien à lui, et ni ses prédécesseurs, ni les grands qui l'entouraient et le raillaient, ne lui en avaient fourni l'exemple nr le modèle.
« J'aime mieux, disait-il, voir rire mes courtisans de mes épargnes, que de voir pleurer mon peuple de mes dépenses. »
Les campagnes éprouvèrent les effets de sa bienveillance dès l'année de son avènement, et, en 1498, il publia une ordonnance rigoureuse contre les pilleries et violences des gens de guerre, qui, sous le bon mais faible Charles VIII, et en dépit de ses ordonnances multipliées, n'avaient jamais cessé de désoler le plat pays (1).
C'était l'usage que l'on payât au nouveau roi quelque subside extraordinaire pour les cérémonies de son sacre et de son couronnement, et les Etats généraux de Tours avaient fixé cette somme à 300,000 livres. Louis XII ne les demanda pas, diminua les impôts du dixième, et annonça que de nouvelles réductions auraient lieu jusqu'à ce qu'ils fussent descendus à 1,200,000 livres, somme offerte à Charles VIII.
Il ordonna que les gens d'armes ne prendraient leurs quartiers que dans les villes murées, où les bourgeois, armés pour la défense commune, pouvaient repousser leurs violences. Il leur interdit, sous les peines les plus rigoureuses, de s'écarter dans les villages voisins, soit pendant leurs garnisons, soit pendant leurs étapes. Il mit à leur tête des capitaines sévères, hommes honorables, responsables des désordres de leurs soldats, et qui durent dénoncer et livrer les
(1) « Il a fait un bien particulier, si grand qu'aucun de ses prédécesseurs n'en Gt oncques guéres de semblable; c'est d'avoir osté la pillerie que les gens de guerre souloient faire sur le pays, qui estoit uoe chose insupportable au pauvre peuple. » — Saint-Gelais,.tfï«. de Louis XII, 122.