‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 193 sur 225 · CHAPITRE VIÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIÏI

François Ier. — L'armée pille les campagnes. — La guerre des paysans. — Les campagnes au pillage. — Persécutions religieuses.

« Pour les hommes grossiers, ponr Monsieur tout le monde (herr omnes), on doit le pousser corpo» Tellement et grossièrement à travailler et A faire sa besogne, de sorte que, bon gré mal gre', il soit pieux extérieurement, sous la loi et sous le gluive, comme on tient les bêtes sauvages en cage ou enchaînées. » Luther.

Les dix-sept années du règne de Louis XII ne furent guère qu'un instant de trêve au milieu de la lutte. Faisant allusion à son amour pour le peuple, la cour avait cru le flétrir en l'appelant le roi roturier : François 1er fut le roi gentilhomme. Ce fut donc le règne des gentilshommes.

Grand dépensier, grand batailleur et grand coureur de femmes, mais souvent malheureux à la guerre comme en amour, François Ier eut tous ces défauts brillants qui donnent en France, à un roi, la popularité de l'histoire. Il employa les premières années de son règne à parcourir son royaume, « à petites journées et à grands dépens, » comme marchent les rois. Il lui fallait retrouver partout le faste et la magnificence des châteaux royaux : « Et ce qui était très rare, c'est que dans un village, dans les forêts, en l'assemblée, l'on y était traité comme si l'on avait été à Paris. » (Brantôme.) Nous savons quel prix coûtait au peuple ce grand luxe de la cour, et le droit de prise pourvoyait à tout, malgré tant d'ordonnances, incessamment reproduites et incessamment mises en oubli.

L'Anjou venait de se ruiner pour fêter la présence de son roi, lorsqu'une peste survint, suivie de la famine (1), qui

(1) « Cette misérable famine régnant en Anjou, dont aucuns porres gens étaient morts de faim, ne sut tant à pitié ni miséricorde esmouvoir nos gouverneurs que le dit pays ne fut pillé et appovri de plusieurs sortes d'emprunts, crèves, tailles et subsides. » — Bourdigné, II, 329.

464 l'armée pille les campagnes.

chassa la cour, et, pour adieux , François I" publia une ordonnance pour contraindre chacun de prendre le sel au grenier royal, qui le vendait fort cher. Le Maine et l'Anjou aux abois réclamèrent énergiquement, et la cour, feignant de se rendre à la justesse et à l'évidence de leurs observations, envoya, pour étudier l'affaire sur les lieux, des commissaires qui, « sous ombre de cette gabelle, firent plusieurs maulx, outrages et pilleries au pays j>. Puis arrivèrent, en 1521, les brillantes folies du Camp du Drap d'Or. Pour parader dans ces fêtes au moins ridicules, les gentilshommes pressurèrent leurs tenanciers comme s'il se fût agi de se racheter de quelque nouvelle défaite de Poitiers ou d'Azincourt. « Plusieurs y portèrent sur leurs épaules leurs moulins, leurs forêts et leurs prés. » (Martin du Bellay.)

Les misères de la famine, des fêtes, de la peste et de la gabelle furent surpassées par celles que causèrent de nou- * velles levées de francs archers. Chaque paroisse dut fournir un homme, l'équiper et l'entretenir, et à peine enrôlés et réunis, ces fils ingrats, ces paysans d'hier, ces renégats de la terre, bandits dès qu'ils devenaient soldats, se mirent à piller leur pays, « comme ils eussent fait en pays de conquête, violant femmes et filles, battant gens de tous états, prenant chevaux et juments par les champs et près où ils les trouvoient, pour porter eux et les hardes qu'ils roboient par le pays, nourrissant leurs chevaux et juments de pur froment qu'ils prenoient chez les povres gens, et leur faisant boyre du vin. »

Ils effondraient un tonneau pour boire une gorgée, et si quelque paysan hasardait d'humbles observations sur ces ineptes gaspillages, ils le forçaient à faire chauffer lui-même son vin dans une chaudière, et à venir leur laver les pieds avec cette précieuse boisson. (Bourdigné.)

Le Parlement s'émut, adressa de sévères remontrances, et, par la bouche du président Guillard, se plaignit des brigan-

Page 1