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LA GUERRE DES PAYSANS

dages des troupes, c dont souffrent les paysans, qui paient pour être protégés, et sont pillés par ceux mêmes qu'ils payent. » — « Le nom de gens d'armes est tant estimé, qu'il semble, quand on en parle, que ce soit l'ennemi de Dieu el de la nature (4). »

Laissons pour quelque temps l'armée ravager la France, et transportons-nous sur le théâtre d'événements plus importants.

Dans le cours de cette même année 1A98, qui avait vu monter sur le trône Louis XII, le Père du peuple, une petite ville d'Allemagne (Stolberg) donna naissance à l'un des plus énergiques défenseurs de la cause des paysans. Son nom est peu connu, les biographes dédaignent de lui consacrer quelques lignes, et les historiens du passé, ces vers rongeurs de vieux papiers mal digérés, ne lui ont épargné ni les injures ni les calomnies. Cela devait êlre : Thomas Munzer fut vaincu, et il n'y a de gloire et de profit qu'à chanter les vainqueurs.

La voix puissante de Luther remuait l'Europe ; le clergé, la noblesse et la bourgeoisie accueillaient ses paroles, lorsqu'ils y trouvaient leur profit, mais sans vouloir que les paysans y trouvassent le leur, et Luther lui-même répondait à un noble seigneur, qui, voyant ses hommes appauvris par les corvées et les redevances seigneuriales, lui demandait s'il n'y avait pas péché à lui à dépouiller ainsi tant de chrétiens du fruit de leur travail : « qu'il pouvait maintenir cette servitude en toute conscience, attendu qu'il est dans l'ordre que l'homme commun soit grevé de charges, de peur qu'il ne regimbe. »

C'était l'avis de tous les seigneurs, et en particulier de la comtesse Hélène de llappolstein, qui avait même supprimé les jours de fête pour envoyer le dimanche ses paysans cueillir

(1) 5 juillet 1525, Reg. manusc. du parlement. — Voyez, pour les crimes de l'armée, le Journal d'un bourgeois de Paris tous François l°v, 36, 116, 119,

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par les bois des fraises sauvages pour rafraîchir les lèvres roses des dames de sa cour, et ramasser des coquilles de limaçon pour leur faire des pelottes. Quelle sagesse humaine eût pu prévoir qu'après tant de coups de poignard, le corps endolori de Jacques Bonhomme n'aurait plus de place pour ce dernier coup d'épingle! C'est ce qui eut lieu, cependant. Il négligea la cueillette des fraises et la chasse des limaçons pour prendre ses armes. C'était le 24 août 1524. Ce jour-là, ils étaient six cents : deux semaines plus tard, ils étaient quatre mille.

Thomas Munzer, dont le père avait été violemment mis à mort par son maître, et qui avait vu tomber la tête d'un paysan pour avoir volé des écrevisses dans l'étang d'un seigneur, fut leur chef spirituel, les anima du souffle de sou génie, et seul de son siècle, comprit que les réformes religieuses comme les réformes politiques passent stérilement par-dessus la tête du peuple, et qu'il lui faut, à lui, des réformes sociales, qui modifient les relations de ceux qui possèdent avec ceux qui travaillent. Il rédigea dans ce sens une sorte de charte en douze articles, qui devint l'ultimatum, la profession de foi des paysans révoltés.

Je n'ai point à raconter les sanglantes et dramatiques péripéties de la guerre des paysans en Allemagne (1). Elle fut terrible et implacable des deux cotes, et Jacques Bonhomme, comme toujours, fut vaincu. Le glaive, la corde, le bûcher firent justice des révoltes, et ce qui restait retourna à la glèbe, comme devant.

« Beaucoup de sang a été versé dans la guerre des paysans, dit le chroniqueur Franck, plus de cinquante mille hommes ont été tués, mais dans aucune guerre on n'a bu et versé autant de vin que dans celle-ci. Le Rhin, depuis Bàle jusqu'à Cologne, ne roule pas autant d'eau. Helas! pour que le culli-

(t) Voyez La guerre des paytatis, par Alexandre Wetl.

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valeur boive du vin, il faut qu'avant et après il boive le sang des grands et des riches : quel monde ! »

Les idées d'affranchissement et de liberté sont contagieuses dans l'âme humaine; l'e-pril d'indépendance franchit le Rhin, et bientôt l'Alsace et la Lorraine virent les rusleaux, les boures, comme on les appelait, refuser, à main armée, l'obéissance aux seigneurs temporels et ecclésiasliques. « Ils supposèrent qu'étant chrétiens, ils devaient jouir de la liberté des enfants de Dieu, secouer le joug sous lequel la tyrannie de leurs seigneurs les tenait asservis, et ne rien omettre pour faire revivre ce qu'ils appelaient la liberté de l'Evangile. Tel est le fruit le plus ordinaire de l'hérésie, d'inspirer la sédition et la révolte! » (Laguille, Alsace, 11, 13.)

Suivant le jésuite Laguille, c'est apparemment l'esclavage qui est l'ordre évangélique, puisque la liberté est l'hérésie.

Quoi qu'il en soit, les douze articles de Munzer gagnèrent en énergie et en concision, en touchant le sol de la France : les ahaniers lorrains n'en prirent que la substance, et les formulèrent en ces termes :

Article lcP. — L'Kvangile doit être prêché selon la vérité, el non selon l'intérêt des seigneurs et des prêtres.

Art. 2. — Nous ne payerons plus de dîmes ni grandes, ni petites.

Art. 3. — L'intérêt sur les terres s«a réduit à cinq pour cent.

Art. k. — Toutes les eaux doivent être libres. Art. 5. — Les forêts reviendront à la commune. Art. H. — Le gibier sera libre.

Art. 7. — Il n'y aura plus de serfs.

Art. 8. — Nous élirons nous-mêmes nos autorités. — Nous prendrons pour souverain qui bon nous semblera. Art. 9. — Nous serons jugés par nos pairs. Art. 10. — Nos baillis seront élus et déposés par nous. Art. 11. — Nous ne payerons plus le cas dé décès.

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