‹ Histoire des paysans (volume 5)Chapitre 195 sur 225 · À68 LA GIKRRK DES PAYSANS · texte numérisé non relu

À68 LA GIKRRK DES PAYSANS

Art. 12. — Toutes les terres communales que nos seigneurs se sont appropriées, rentreront à la commune.

Tout ce que demandaient les paysans du xvr* siècle était bien modeste; ils ont tout cela aujourd'hui, et bien autres choses encore par surcroît; mais jusqu'au jour où, lassée de souffrir, l'humanité rentrera dans sa voie pour obéir au Code éternellement et universellement juste et vrai que Dieu écrivit pour elle, les droits et la justice ne seront rien qu'une affaire de géographie et de chronologie, utopies aujourd'hui, vérités demain, passionnant à leur tour les générations qui se succèdent, et, le jour d'après, vieilleries et oripeaux démodés que, du bout de sa faux, le temps accroche dans sa course, et jette dans l'abîme sans fond du passé.

L'insurrection grossissait, grâce surtout aux secours que prêtaient aux paysans, comme toujours, bon nombre de gentilshommes, qui pillaient sous leur nom, et, dirigeant leurs coups, faisaient d'eux l'instrument aveugle de leurs ven-

geances particulières (1). Erasme Gerber, leur chef, ne tarda pas à se voir à la tète de cent ou cent vingt mille hommes, véritable armée de barbares, traînant après elle ses femmes et ses enfants, pillant et incendiant, et se logeant au hasard dans les châteaux et les monastères dont ils s'emparaient. Le duc Antoine de Lorraine ayant fait marcher contre eux trente mille hommes de troupes régulières, Gerber lui envoya un parlementaire qu'il fit punir du dernier supplice. A quelques jours de là, un chevalier, ami du duc, tomba au pouvoir de Gerber qui le prit à rançon et le renvoya sain et sauf, malgré les murmures de ses lieutenants qui voulaient venger le meurtre de leur messager ; mais il leur dit qu'il fallait montrer au duc quelle différence il y avait entre un chef évangélique et un prince catholique. Ces nobles paroles ne

(1) « Ils étaient appuyés de quelques gentilshommes, qui ne cherchaient qu'un prétexte ou une occasion de s'emparer des biens des églises et des monastères. » — D. Calmet, Lorraine, V, 494.

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